Band 
Tome premier.
Seite
96
JPEG-Download
 

96

PREMIÈRE PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME.

de nos jours, étaient à peine connues des anciens. On en attribue, ilest vrai, l’invention aux Carthaginois, qui les auraient tenues eux-mêmes de Tyr; et il est bien possible que les voies primitives q ulreliaient les comptoirs phéniciens de la Méditerranée en Afriq ue >en Espagne, en Sicile et dans la Gaule Narbonnaise, aient présentéçà et là quelques parties pavées ou empierrées (i). A vrai direion n’en a retrouvé que des vestiges insignifiants. Presque partoutelles ont repris l’aspect vague de chemins à l’état naturel; et cellesmême dont l’assiette semble avoir été conservée, comme la granderoute des Pyrénées au Rhône et aux Alpes, ont à peu près dis-paru sous les pavages et les empierrements des chaussées mo-dernes.

En somme, l’ancienne route celtique ou phénicienne du Sud dela Gaule n’était qu’un frayé ou plutôt que la réunion de plusieursfrayés présentant une succession d’alignements droits, réunissantentre eux les principales bourgades, et qui, à force d’être suivis etbattus, avaient pris la consistance et l’aspect d’une sorte de che-min régulier. Chemin sans police, à la vérité, sans entretien, sansadministration ; car, à ces époques primitives et à demi barbareSiune route s’établissait, pour ainsi dire, d’elle-même, et était com-mandée par le relief même du sol. On avait hâte d’arriver; on crai-gnait les longues étapes, les gorges profondes et sinueuses, l eStraversées de forêts dans lesquelles on ne s’engageait qu’avec uneextrême réserve et sous l’empire d’une religieuse terreur (2) ; ° nallait ainsi droit devant soi, toujours à découvert, de manière agagner le plus tôt possible les oppida et tous les petits centreshabités échelonnés sur la route et où l’on pouvait trouver, en casd’attaque, un secours ou un refuge.

Les voyages antiques s'opéraient presque toujours suivant cer-taines lignes. On longeait les mêmes rivières; on côtoyait le mêm e

(1) Isidor. Sev., De orig., 1 . XIV.

(2) Sed fortes tremuere manus, motique verenda,

Majestate loci, si robora sacra ferirent,

In sua credebant redituras membra secures.

(Luc., Phars., 1 . III, v. 397 et seq.)