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SECONDE PARTIE. — CHAPITRE DEUXIÈME.
plus admirables promenades du monde. La division qui subsistait*depuis l’origine des temps historiques, entre les deux côtés n’existeplus qu'à l'état de souvenir historique et archéologique.
Tout le passé de Genève semble avoir disparu depuis près d’unsiècle. La ville moderne a absorbé la ville ancienne, qui ne s emanifeste que par quelques monuments et quelques vieilles mai-sons de la cité haute. Ce n’est plus la Rome protestante du sei-zième et du dix-septième siècle. La sombre figure de Calvin yest de plus en plus oubliée ; et sa discipline austère, son âpre into-lérance ont fait place à des mœurs plus douces, à des goûts deluxe, de civilisation et de plaisirs inconnus des générations précé-dentes. Les vieilles murailles du moyen âge ont été détruites. Deriches hôtels, de magnifiques jardins, de larges quais, de somp-tueux édifices d’utilité publique, des bibliothèques, des musées,un théâtre même, et l’un des plus beaux de l’Europe, ont pris laplace des anciens remparts.
La ville rajeunie s’est ouverte à tous ; et cette heureuse trans-formation est due — on doit le dire à son honneur — à la pl uSnoble et à la plus féconde des causes, à l’intelligente sympathie,on pourrait presque dire au culte que l’on professe un peu tropextérieurement peut-être pour tout ce qui touche à l’étude, à I 3science et aux choses de l’art et de l’esprit. Pendant près dedeux siècles, Genève a marqué au premier rang dans le monde dessciences et des lettres, et a marché de pair avec les plus grandescités pour le nombre de ses hommes d’élite. Ce fut la patrie deRousseau, d’Horace de Saussure, de Necker, de Sismondi, deCandolle, de Casaubon. Nulle part on n’a eu en plus haute estimele travail, l’étude, et surtout l’esprit de discussion, de critique etd’observation. Ce fut la ville des controverses par excellence-Voltaire, qui raillait tout, n'avait pas manqué de relever l’exagé-ration de cette tendance, qui a touché bien souvent à la manie,surtout dans les questions philosophiques et religieuses. « On neparle à Genève, dit-il quelque part, que des supralapsaires, desinfralapsaires, des universalistes, de la perception de Dieu diffé-rente de sa vision, de la manducation supérieure, de l’inutilité des