TABLES CLAUDIENNES EN BRONZE DU MUSÉE DE LYON( Traduction d'après M. Ernest Desjardins.)
Première colonne. w
«... Donc il est surtout une première réflexion qui, je le prévois, serafaite par tout le monde; mais je vous supplie de ne pas en frémir d’hor-reur, comme s’il s'agissait d'introduire dans la Cité une grande nouveauté.Vous devez réfléchir, au contraire, au nombre des nouveautés qui yont déjà été établies depuis l’origine. Par combien de formes et d’étatsdifférents notre République n'a-t-elle pas déjà passé !
« Autrefois, ce furent des rois qui la gouvernèrent, et ce n’est pasmôme dans leur famille qu’on a pris leurs successeurs; c’est hors de leurmaison, c’est même chez des étrangers! Si bien qu’un Sabin, Numa, asuccédé à Romulus... C'était un voisin, dira-t-on; oui, mais ce n’en étaitpas moins alors un étranger. A Ancus Marcius succéda Tarquin l’Ancienet, à cause de la souillure d’un sang mêlé, attendu qu’il était le fils deDémarate, un Corinthien, d’une part, et d’une femme de Tarquinies,d’autre part, très noble, mais très pauvre; ce qui avait rendu nécessairecette mésalliance avec un tel mari. Tarquin, dis-je, écarté des honneursdans son pays d’adoption, émigra, vint à Rome et y obtint la royauté.Entre Tarquin et son fils... — ou son neveu, car les historiens diffèrentsur ce point — s’intercale Servius Tullius; or, d’après nos auteurs, ilaurait eu pour mère Ocrisia, une esclave. Si nous suivons les traditionsétrusques, il aurait été d’abord le compagnon le plus fidèle de CaelèsVibenna et aurait été associé à ses fortunes. Après avoir eu les chancesles plus variées, il serait sorti de l'Étrurie avec ce qui restait de l’arméede Caelès, et serait venu occuper le mont Caelius, appelé ainsi du nom deson chef. Quant à lui, il aurait changé le sien, —car, en étrusque, il s’ap-pelait Mastarna, — et aurait reçu celui de Servius Tullius; et, pourle grand bien de la chose publique, il obtint la couronne. Dans la suite,lorsque le caractère et les mœurs de T arquin le Superbe et de ses filscommencèrent à devenir odieux à la Cité, on s’ennuya du régime monar-chique, et le gouvernement de l’État fut transféré à des magistratsannuels, les consuls.