Band 
Tome second.
JPEG-Download
 

5°8

SECONDE PARTIE. — CHAPITRE ONZIÈME.

transports qui a lieu aujourd'hui par les voies de terre, et surtoutpar les chemins de fer, ne pouvait se faire dans le monde ancienque par les voies d’eau.

Nous avons parlé longuement du réseau des voies antiques etdu réseau des voies romaines dans la vallée du Rhône (i), et, enparticulier, de la grande voie militaire qui, partant de Lyon, sui-vait le fleuve et se soudait à Arles aux routes d’Espagne etd’Italie. Mais à part quelques caravanes armées qui s’aventu-raient à leurs risques et périls, les troupes et les convois militaires,les courriers de l'empire ou les hauts fonctionnaires qui voya-geaient en maîtres, ces routes étaient absolument désertes. Uneabsence complète de sécurité, une viabilité intermittente, le man-que complet d’entretien, des lacunes nombreuses ne permettaientpas au commerce et aux particuliers de les utiliser d’une manièrerégulière.

A ces inconvénients très graves venait s’ajouter l'impossibilitématérielle d’un trafic considérable par suite du manque completd'un outillage de transport pratique et économique. Même al’époque de l'apogée de la puissance romaine en Gaule, alors quela « Province » était la résidence des empereurs , qu’Auguste,Claude, Antonin, Constantin y avaient leurs palais et leurs cours,la grande route de la vallée du Rhône, construite ou restaurée parAgrippa, ne fut presque jamais parcourue que par des troupes etde grands personnages officiels.

La civilisation romaine, en effet, si avancée et si ingénieusepour tous les objets de luxe, d’art et d’ameublement, était à l’étatrudimentaire pour tout ce qui concernait les transports sur terre.La plus riche dame romaine, habituée à toutes les mollesses d ügynécée, la courtisane la plus efféminée ne sortait qu’en litièreportée à bras; ce n’était que dans les jours de gala, ou lorsqu'ellese rendait à quelque villa de plaisance éloignée dans la banlieue,qu’elle avait recours à des voitures traînées par des chevaux, ktquelles voitures! Elles étaient de deux sortes : le char découvert

(i) Voir impartie, t. I", ch. Il, xii.