LE RHONE MODERNE.
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Mais là n'est pas la question. La vérité est que, quels quesoient les projets adoptés pour l’utilisation sur une grande échelledes eaux du Rhône à la transformation agricole de sa vallée,c’est par centaines de millions qu’il faut compter les dépensesd’exécution; et on s’est demandé plusieurs fois si ces dépensesn’étaient pas excessives.
L’un des stimulants qui militaient en faveur de grandes dériva-tions du Rhône s’est un peu émoussé. Les vignes du Midi étaiententièrement perdues, il y a quelques années, à la suite de l’inva-sion phylloxérique ; et l’on avait expérimenté que l’un des plussûrs moyens de les sauver était de les traiter comme des rizières,et de les submerger en hiver pendant six semaines environ. Depuistors, l’emploi judicieux des insecticides, et surtout la propagationdes vignes américaines, ont donné des résultats merveilleux.Grâce à l’intelligence et à l’énergie de nos populations méridio-nales, la culture de la vigne est entrée, depuis quelques années,dans une voie nouvelle. L’effort a été grand, mais le succès estassuré. On peut espérer que, dans quelques années, le vignobleentier du midi de la France sera reconstitué, peut-être mêmeaugmenté ; et tout le monde sait aujourd'hui la fortune des viti-culteurs intelligents dont les récoltes annuelles atteignentmille, quinze cents, quelquefois deux mille francs net à l’hectare.La submersion hivernale des vignes, qui ne peut avoir lieu d’ail-leurs que dans des terrains spéciaux, peu perméables, presquehorizontaux, ne saurait donc légitimer à elle seule l’établissementde grands canaux d’irrigation. La question de l’utilisation généraledes eaux du Rhône doit, en réalité, avoir pour objet non pas cetteCulture spéciale, mais la transformation dans son ensemble detoutes les cultures de la région méridionale.
D’autre part, il est certain que, malgré les résultats satisfai-sants de la régularisation du Rhône, le fleuve ne présente pasdes conditions parfaites de navigabilité. Un grand torrent, quel-que régularisé qu’il soit, sera toujours inférieur comme voie detransport à une rivière canalisée, et surtout à un canal latéralétabli sur de grandes proportions, présentant un tirant d’eau