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Tome second.
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LE RHONE MODERNE.

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On a dit quelquefois que l’ensemble des forces motrices pro-duites par les eaux courantes était vingt fois supérieur à la puis-sance réuniede toutes nos machines à vapeur. Ce genre d’évaluationcomporte toujours une certaine élasticité. Toutefois, on peut con-sidérer que le Rhône, avec son débit moyen d’étiage de 300 mètrescubes à la seconde, et son altitude de 375 mètres de Genève à lamer, représente près d’un million et demi de chevaux de forceabsolument sans emploi. On conçoit très bien, d’autre part, quela force motrice que l'on serait en état d’utiliser à toutes les chutesdes écluses échelonnées sur un canal latéral au fleuve, soit pardes transmissions électriques, soit par des câbles télédynamiques,pourrait transformer complètement le mode de traction de cettevoie navigable. La force que l'on demande aujourd’hui au charbonque l’on achète, on la prendrait simplement à l’eau qui ne coûterien.

Ces conceptions, qui paraissent peut-être ne se présenterencore qu’à l’état de théorie, entreront certainement un jour dansle domaine de la pratique; mais de pareils travaux, qui seraientla consécration des progrès de la science moderne, ne sauraientêtre préparés et exécutés que d’une manière suivie, dans desépoques de calme, en dehors de toute préoccupation extérieure,et en y employant tout d’abord la presque totalité de nos forcesfinancières. Ce sont essentiellement des œuvres de longue paix.Nous ne vivons pas en frères dans notre vieille Europe; et laplus grande partie de notre énergie, de notre intelligence et denos ressources, est, au contraire, absorbée par des dépensesd’une tout autre nature, des préparatifs de ruine et de destruction.Si jamais nous guérissons de cette maladie, nous aurons, dans laconquête et l’utilisation de toutes les forces que nous offre lanature, un champ immense ouvert à notre activité et la certituded’un prodigieux accroissement de la fortune publique. C’est peut-être un rêve que de l’espérer. Qu’il nous soit permis, du moins,de le faire. L’espérance est une vertu féconde, quelquefois mêmey n commencement de réalité.