AVANT-PROPOS.
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lui, et il est tout entier en elle; c’est elle que j’ai voulu fairepalpiter dans ces pages.
Non, certes, avec les ressources seules de mon- imagina-tion. J’ai demandé tout ce qu’il a pu me donner au docu-ment, cet unique mot de passe que nous ayons pour rouvrirles portes que chaque heure ferme derrière nous. J’espèreêtre exact. J’ai la certitude d’être sincère. Il se peut quej’arrive ainsi à provoquer des surprises, des déceptions oumême des colères. Je prie mes lecteurs russes de bienpeser leurs impressions. On doit toujoui’s avoir le couragede ce qu’on est et même de ce qu’on a été, et quand on estla Russie, c’est d’une bravoure facile.
Us voudront bien, au surplus, et mes autres lecteurs pareil-lement, ne pas se méprendre sur le but que je me suis pro-posé. Occupé à réunir des matériaux pour une biographiedu héros national, Pouchkine parlait d’élever un monu-ment, ære perennius , qu’on fût impuissant à changer deplace, à traîner d’un carrefour à un autre. On en voulait,paraît-il, à l’immuabilité du chef-d’œuvre de Falconet.Communs à la plupart de mes devanciers, même ailleursqu’en Russie, le souci et l’ambition du poète m’ont été abso-lument étrangers. Pierre possède déjà, sans que je m’ensois mêlé, le monument qui, croirais-je volontiers, est lemieux à sa convenance. Ce n’est pas celui de Pouchkine etpas davantage celui du sculpteur français. Au monumentdont je parle il a travaillé lui-même de ses rudes mains, etses héritiers y travailleront longtemps encore. Le transsibé-rien vient d’y ajouter une fameuse pierre.
Mon but est tout autre. Les regards du monde modernetout entier, sympathiques ici, défiants ou hostiles ailleurs,vont depuis quelque temps à l’immense réservoir d’éner-