LE KREML ET LE FAUBOURG ALLEMAND.
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danois, suédois, qui en font également partie, y représententet y agitent les intérêts et les passions des puissances protes-tantes. Riche, cultivé, prudent, adroit, le résident hollandais,Van Relier, jouit d’une situation hors pair, devant laquelle lesMoscovites eux-mêmes s’inclinent. Expédiant tous les huit joursun courrier à la Haye, il reçoit des nouvelles de l’Occident quifont tressaillir la Sloboda à l’écho des grands événements oùse jouent les destinées du monde politique européen (1). Levoyageur allemand Tanner, qui visite le faubourg en 1618,en emporte une impression des plus agréables (2), justifiée parune estampe datant du commencement du dix-huitième siècle.Le faubourg y parait transformé : maisons de brique d’appa-rence confortable; parterres de fleurs aux abords; alléesrégulières plantées d’arbres ; jeux d’eau sur les places. Lecontraste avec les villes russes de l’époque, Moscou nonexceptée, est saisissant. 11 n’échappera pas à Pierre.
En dépit des influences polonaises, de ce voisinage même,qui mettait pour ainsi dire l’Europe à sa porte, Moscou restaitencore, dans son ensemble, telle que l’avaient faite trois sièclesd’esclavage asiatique. Quelques indices y accusaient bien uneprise de contact avec le monde intellectuel de l’Occident. Deshommes y avaient paru, dépouillant, au physique comme aumoral, le vieil accoutrement byzantino-tatare ; des idéess’étaient fait jour, des initiatives avaient percé , où s’ébau-chait tout unprogramme de réformes, plus étendu, on s’en aper-cevra un jour, que celui dont Pierre lui-même entreprendral’exécution (3). L’aube des temps nouveaux montait à l’horizon.Mais ces clartés naissantes n’enveloppaient qu’une élite res-treinte. Le tsar Alexis ne crevait plus les yeux aux artistes,
(1) Vulliemin, d’après Posselt, Revue suisse, t. XXIX, 325; Brückxer,Culturhistorische Studien, Riga, 1878.
(2) Tanner, Legatio Polono-Lithuanica in Moscoviam, Nuremberg, 1689, p. 71et suiv.
(3) Ce point de vue a conduit quelques historiens à des exagérations para-doxales. V. Klioutchevski, Leçons d'histoire à l’Université de Moscou, 1887-1889.Cours lithographié ; j’en dois la communication h l’obligeance d’un jeune savantrusse établi à Paris, M. Chtchoukine, qui voudra bien recevoir ici le témoignagede ma gratitude.
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