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L’ÉDUCATION.
comme de raison. Pierre restant encore Tsar titulaire, elles’empare du pouvoir, régente de fait, en attendant mieux.Elle paye enfin ceux qui l’ont si bien servie : les Strelisy reçoi-vent dix roubles par tête pour leur peine, et, si les biens deleurs victimes ne leur sont pas distribués, comme ils y pré-tendent, on s’arrange pour leur donner satisfaction par unmoyen détourné ; on met ces biens en vente et on leur réservele privilège de les acheter. On les caresse, car on a encorebesoin d’eux : le 23 mai, ils reparaissent devant le Kreml etréclament l’association d’Ivan à la souveraineté. Partagée ainsi,elle sera plus facilement tenue en tutelle. On s’est arrangépour avoir le patriarche sous la main et quelques boïars; onparle de Pharaon et de Joseph, d’Arcadius et d’Honorius, deBasile et de Constantin ; on oublie Michel et Philarète, dontla souveraineté jumelle a laissé de fâcheux souvenirs; on re-commence un semblant d’élection, et le fameux trône à deuxsièges est instauré. Ce n’est pas assez; il convient encorequ’Ivan, l’infirme, l’idiot, ait un titre de préséance. Nouvelleémeute, nouveau simulacre d’assemblée élective. Cette fois,Sophie jette tout à fait le masque : quand Ivan a été proclamépremier Tsar, un festin est servi aux émeutiers, et la Tsarevnaen fait les honneurs. Ils ont encore les mains rouges de sangcomme leurs chemises, et elle leur verse à boire. Ils lui témoi-gnent leur reconnaissance en revenant le 29 mai pour lui dé-cerner le titre de Régente.
III
La voici au sommet. Mais elle n’a voulu l’atteindre au prixde tant de forfaits que pour y savourer les joies du pouvoiravec l’élu de son cœur et par lui. Tout le monde lui obéit; elleveut que ce soit lui qui commande. Le vrai maître de la Russie,pendant les sept années que durera sa régence, le vrai régent,ce sera Vassili Galitsine.