LA TSAR EV N A SOPHIE.
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qués dans les maisons voisines, dans les églises, les conseillerset parents de Nathalie, Matviéief, les Narychkine, partagentle sort de Dolgorouki ; quelques-uns torturés d’abord longue-ment, traînés par les cheveux sur la place, knoutés, brûlés aufer rouge, déchiquetés enfin à coups de hallebarde. Nathalielutte désespérément avant de livrer son frère préféré, Ivan.Il finit par se livrer lui-même, obéissant aux objurgations duvieux prince Odoievski, donnant sa tête pour le salut de ceuxdes siens que la fureur des Streltsy consent à épargner. Aprèsavoir communié dans une des églises du Kreml, il se montre,tenant dans les mains une image sainte, suprême bouclier.On lui arrache Y icône, et il disparaît dans la mer de colère etde sang qui continue à battre les murs du vieux palais. Elles’étend plus loin, elle déferle par la ville, enveloppant dansses remous habitations privées et édifices publics, s’éga-rant à la recherche des complices supposés d’un crime ima-ginaire, tuant partout, pillant aussi. Les émeutiers s’enprennent même aux archives, ce en quoi on peut imaginerd’ailleurs qu’une pensée politique les guide, le désir de donnerà leurs excès un caractère populaire. On croit qu’ils cherchentà faire disparaître les documents se rapportant à la constitu-tion du servage.
Et Sophie? Des historiens ont essayé de dégager sa respon-sabilité (I). C’est une gageure contre l’évidence. Jamais meil-leure occasion ne s’est présentée d’appliquer la maxime : Isfecit cui prodest. Dans ces journées terribles, on voit beaucoupde vaincus; un seul vainqueur y paraît, et c’est elle. Elle tient sibien le mouvement en main qu’elle l’arrête et l’endigue, quandbon lui semble. Un comparse obscur, Tsikler, réussit avecquelques mots à persuader les plus enragés ; ce Tsikler se re-trouvera au lendemain de la crise dans l’entourage intime dela Tsarevna. En même temps les postes les plus importantséchoient à ses amis de la veille, à ses parents, Hovanski, IvanMiloslavski, Yassili Galitsine. C’est la curée. Elle prend sa part
(1/ Aristof, Les troubles a Moscou sous la régence de Sophie , Varsovie, 1871.