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L’ÉDUCATION.
« comme à celui-ci, toujours à pied. Les médailles ne sont pas« encore prêtes; n’en ayez pas souci; sitôt prêtes, je vous les« enverrai. Tu me recommandes de prier : je le fais, et Dieu,« qui m’entend, sait aussi combien il me tarde de te voir, ô« mon monde, ô mon âme! J’ai espoir dans sa miséricorde;« elle m’accordera de te voir bientôt, ô tout mon espoir! Pour« ce qui regarde l’armée, tu peux tout décider à ta guise.« Quant à moi, je suis bien portante, grâce sans doute à tes« prières. Nous sommes tous bien portants. Quand Dieu« m’aura accordé de te revoir, je te dirai tout, ô mon monde;« tu sauras ma vie, mes occupations; mais ne tardez pas;« marchez; ne vous pressez pas trop cependant : vous devez« être fatigué. Comment ferai-je pour vous récompenser avant« tous, pour tout? Personne n’aurait fait ce que tu as fait et« tu n’as pu y parvenir qu’en te donnant tant de peine ( 1 ) !
« Sophie. »
Pour n’être pas dans le style des héroïnes de mademoisellede Scudéri, la lettre n’en paraît pas moins concluante. A encroire La Neuville, Sophie n’aurait pas été embarrassée pourattribuer à son héros la récompense dont elle le jugeait digne,sans un obstacle qui gênait les élans de sa reconnaissance.Cet obstacle s’appelait madame Galitsine. Et malheureuse-ment le héros se refusait à faire le nécessaire pour l’écarter,« ayant naturellement de l’honneur, joint à cela qu’il en avait« de grands biens et des enfants qui lui étaient plus chers que« ceux qu’il avait de la princesse [la Tsarevna), qu’il n’aimaitn que par rapport à sa fortune » . — Cependant, continue lechroniqueur, « comme les femmes sont ingénieuses, elle« (Sophie) fit si bien qu’elle le persuada (Galitsine) d’engager« sa femme à se faire religieuse, moyennant quoi, selon la« religion des Moscovites, le mari, par l’excuse de la force de« son tempérament, qui ne lui permet pas de garder le céli-r bat, obtînt la permission de se remarier. Cette bonne dame
(1) Publiée par Ousthulof, t. I, p. 383