LA TSAREVNA SOPHIE.
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« y ayant donné les mains, la princesse ne douta plus de la« réussite de ses desseins (1). »
Elle Comptait sans un autre obstacle, qui, soudain, venaitse dresser entre elle et la réalisation prochaine en apparencede ses suprêmes désirs.
IY
Au milieu des secousses terribles qui à plusieurs reprisesont fait vaciller sur son jeune front le lourd diadème d’Ivanle Terrible et rempli ses yeux de sanglantes visions, le fils deNathalie Narychkine n’a joué, on le pense bien, qu’un rôle devictime passive. Des légendes complaisantes l’ont montré, ilest vrai, surprenant déjà le monde par un courage au-dessusde son âge, bravant les assassins et les faisant reculer devantle feu et la majesté de son regard. En même temps, l’éclosionnon moins précoce de son génie laissait loin derrière elle lesprouesses de Pic de la Mirandole. A trois ans, on nous l’amontré commandant un régiment et présentant des rapportsà son père. A onze ans, il a, sous la direction de l’ÉcossaisMenesius, approfondi tous les arcanes de l’art militaire etadopté sur quelques-unes de ses applications des vues per-sonnelles et généralement novatrices.. Je fais grand cas deslégendes, sans me refuser à la nécessité historique de les con-tredire, quand elles mç paraissent se tromper. Elles se trom-pent ici du tout au tout. Physiquement et intellectuellement,le développement du futur grand homme parait, au contraire,avoir été assez lent. Ce colosse a de la difficulté à se mettresur ses pieds. A trois ans, il avait encore une nourrice; à onzeans, il ne savait ni lire ni écrire. Le stratège en brassière etson régiment ( Pietrof-Polk ), sur lesquels un historien mieux
(1) Dépêche de l’agent français La Vie, du 10 novembre 1718, citant desparoles de Pierre lui-même qui confirment ces traits. (Aff. étr. de France.)
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