LA TSAREVNA SOPHIE.
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1688 paraissent des représentants des plus illustres famillesmoscovites, un Boutourline, un Galitsine.
La présence de ces aristocrates est d’ailleurs un contresens,une de ces ironiques surprises qui abondent dans l’histoire.Ouvrier inconscient encore d’une grande rénovation politiqueet sociale, ne sachant où il va, si ce n’est qu’il va à ses plaisirs,Pierre est devenu, sans s’en douter, l’instrument d’un partiqui poursuit un but très différent. Son œuvre se trouve con-fisquée momentanément au bénéfice de tendances diamétrale-ment opposées. Parmi ces nouveaux venus, qui tout à l’heurepousseront le futur Réformateur à la revendication de ses droitsusurpés, oui, dans leurs rangs, se recrutera aussi un jourl’armée des adversaires les plus résolus de la réforme. Laréforme n’est pas en cause pour le moment, et il s’agit de toutautre chose. Les moyens dont les Miloslavski, et Sophie à leursuite, se sont servis pour assurer ou conquérir leur pouvoir,l’abolition du miestnitchestvo, puis l’appel à l’insurrectionpopulaire, ont solidarisé leur cause avec celle des classes infé-rieures. Atteinte dans ses prérogatives, dans ses habitudesi séculaires, la haute noblesse, celle du moins qui demeure la
: plus réfractaire aux idées de progrès, a naturellement aussi
' tendu à se grouper autour de Matviéief d’abord et de Nathalie,puis autour de Pierre. En sorte que l’arme avec laquelle Pierrese plaît à jouer est, dans la pensée de ceux qui viennent main-tenant l’aider à en forger la lame et à en aiguiser le tranchant,destinée à hâter la revanche des idées conservatrices, anti-j européennes, contre l’homme le plus européen qu’il y ait jamaiseu à Moscou. « A bas Vassili Galitsine! » sera leur cri deguerre. Préobrajenskoïé est simplement devenu un centre deralliement naturel pour les mécontents de toute provenance,parmi lesquels les réactionnaires, étant les plus importants,prennent naturellement la première place. Blessé lui-même,outragé et dépouillé par le régime transitoire dont ils atten-| dent impatiemment la fin, Pierre est leur chef désigné, lej vengeur futur, ils l’espèrent du moins, des injures communes.
De ceci il n’a cure. Il s’amuse. Il se divertit, sur les eaux de