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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’ÉDUCATION.

toute surveillance. On raconte qu’il risquait sa vie dans cesexercices, où les accidents étaient fréquents. Pour y coupercourt, Nathalie s’avisa d’un moyen dont l’effet lui parutsûr. « Se marier, se changer », dit un proverbe russe. Ellechercha une femme à son fils. Il la laissa faire. Au con-traire de son futur adversaire, l’austère Charles XII, il n’avaitpour le beau sexe ni indifférence, ni mépris. Le 27 janvier1689, il conduisait à l’autel Eudoxie Lapouhine, fille d’unboïar de marque. Mais il mettait le proverbe en défaut. Troismois après, le couple était déjà séparé, lui courant des bordéessur le lac de Péréïaslavl, elle faisant l’apprentissage d’un veu-vage qui devait durer autant que sa vie. La navigation est deve-nue, pour le jeune Tsar, plus qu’un goût, une passion jalouse,exclusive. Quelque obscur atavisme, héritage des Yarègueslointains, s’agite dans son âme; il n’a jamais vu la mer et ilne fait qu’en rêver; il n’aura pas de repos qu’il n’y soit arrivé.Et toujours il est ainsi dans la tradition : depuis deux siècles,toutes les guerres entreprises par ses prédécesseurs ont eu cebut : atteindre la mer, soit au nord-ouest, en refoulant laPologne ou la Suède, soit au sud-est, en faisant reculer laTurquie.

Il n’abandonnera pas pour cela ses koniouhy ; il imaginedéjà des combinaisons stratégiques, qui mettront en jeu eten concours les forces navales et les forces terrestres dont ildispose. Et ces forces ont grandi avec l’adolescent, dont lataille est déjà celle d’un géant. Le jouet est devenu presqueune arme. En septembre 1688, le jeune Tsar a réquisitionnépour ses amusements guerriers tous les tambours et tousles fifres d’un régiment d’élite des Streltsy ; en novembre, augrand mécontentement du prince Yassili Galitsine, il enlève àun autre régiment les deux tiers de son effectif et puise dansle dépôt du KoniouchennyïPricaze (bureau des écuries) les atte-lages nécessaires à son artillerie « de plaisance ». Un véritablebureau de recrutement est installé à Préobrajenskoïé, et ce nesont plus seulement des palefreniers et des marmitons quiviennent s’y faire inscrire sur les rôles. Parmi les recrues de