LE MONASTÈRE DE LA TROITSA.
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de s’être laissé corrompre. On avait vu des barils remplis delouis d’or français entrer sous sa tente ! Le camp de Préobra-jenskoïé s’agrandissait de jour en jour par l’affluence de nou-velles recrues, et Sophie voyait fondre autour d’elle les rangsde ses partisans. Vaillamment, elle tenait tête à l’orage. Sonambition comme son amour en étaient précisément à leurapogée. Elle avait profité de la conclusion de la paix avec laPologne pour se faire proclamer Samodierjitsa (autocratrice)au même rang que ses frères. Le titre figurait désormais danstous les documents officiels, et, dans les cérémonies publiques,la Tsarevna prenait place à côté de ses frères, ou plutôt del’aîné, car Pierre n’y paraissait guère. Elle faisait graver enHollande son portrait avec la couronne de Monomaque sur latête. En même temps, et bien que, à en croire certains témoi-gnages, elle eût donné à Galitsine absent un rival obscur dansla personne de Chaklovityï(l), elle poursuivait avec une ardeurcroissante le but suprême de ses premiers rêves : son mariageavec le Régent et le trône à occuper en commun. Pour y parve-nir, elle avait élaboré un plan très compliqué, dans lequel lePape lui-même était appelé à intervenir. On marierait Ivan, ondonnerait un amant à sa femme pour qu’il eût des enfants;Pierre se trouverait ainsi mis à l’écart ; on s’arrangerait pours’en défaire; puis, moyennant l’appât d’une réunion tout aumoins projetée, négociée, de l’Église orthodoxe avec Rome, lePape serait engagé à proclamer l’illégitimité des enfants d’Ivan,et, la place ainsi nettoyée, Sophie et Galitsine n’auraient plusqu’à la prendre. En attendant, la Tsarevna voulait payer d’au-dace. Pendant que Ghaklovityï, ramené par le retour du Régentau rôle subalterne de séide et de policier, poursuivait les rarespartisans de Pierre, qui osaient déjà lever le masque, et leurdonnait discrètement la question dans un coin de bois écartéaux environs de Moscou, elle jetait un défi à l’opinion en dé-cidant une distribution de récompenses aux compagnonsd’armes de Galitsine qu’elle s’obstinait à proclamer victorieux.
(1) Archives Kourakine, Pétersbourg, 1890-1895, t. I, p. 55.