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L’OEUVRE.
haupt à Liesna. — La famine. —■ Mazeppa prend parti. — Trop tard! —L’Ukraine lui échappe. — Siège de Poltava. — Il faut y entrer ou mourir. —Démoralisation de l’armée suédoise. — Charles est blessé. — Pierre augmenteses chances de victoire. — La rencontre. — La défaite des Suédois. — Sesconséquences. — Les ruines du passé et la Russie de l’avenir.
I
Héritier et continuateur, incomparablement supérieur assu-rément, mais incomplet à certains égards, de prédécesseursdont on a trop oublié le mérite, Pierre a reçu d’eux l’héritaged’un double programme : de réformes à l’intérieur et d’expan-sion au dehors. C’est par le dehors qu’il a commencé. Dans ladistribution de matières adoptée pour cette partie de mon livreje n’ai pourtant pas obéi, on s’en doutera, à une simple préoc-cupation d’exactitude chronologique. La plupart des grandesréformes qui ont donné à la Russie du dix-huitième siècle unephysionomie nouvelle au point de vue politique, économiqueet social, sont contemporaines des dernières années du règne;leur importance n’en prime pas moins, aux yeux de l’historien,et la victoire de Poltava et même la conquête de la Baltique,et la minutie des dates compte ici pour peu. J’ai dû m’inspirerd’une autre considéi’ation. Je ne crois pas du tout que les réfor-mes de Pierre aient eu, ainsi qu’on l’a souvent avancé, pourcondition préalable et nécessaire cette longue suite de combatset de négociations qui jusqu’en 1721 ont presque entièrementabsorbé l’activité du Réformateur; je crois par contre, et jem’appliquerai à le prouver, qu’elles en ont procédé, ainsiqu’une conséquence indirecte, mais fatale, ou, si l’on aimemieux, providentielle. Autrement dit, les réformes, pour être,n’ont pas réclamé la guerre; mais la guerre, pour subsister,a réclamé les réformes, et j’ai mis simplement la charrue der-rière les bœufs.
De 1693 à 1698, en Hollande et en Angleterre, comme àYoronèjeou àArhangel, Pierre s’est occupé surtout de devenir