DE NARVA A POLTAVA.
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un homme cle mer accompli, pilote, charpentier et artilleur.Pourquoi? Parce que cela l’amusait, d’abord. Ceci est notoire.Il a joué au marin et au soldat. Peu à peu des idées plus sérieu-ses, la conscience des traditions ancestrales et des devoirs parelles imposés se sont associées à ce divertissement, et la réalitéa fini par l’emporter sur la fantaisie. Mais la réalité alors, c’estla guerre. De 1700 à 1709, il s’agit pour lui de vaincre ou demourir en combattant Charles XII, et il ne peut être questiond’autre chose. De 1709 à 1721, il devra lutter encore, sanstrêve ni répit, autant pour conquérir une paix avantageuse quepour se tirer des difficultés et des périls nouveaux dans les-quels un excès de présomption et de confiance l’aura préci-pité. Seulement, voici ce qui arrive alors : en suivant cettevoie, après s’y être engagé très à la légère, le souverain a étéamené à solliciter de son pays un concours qui dépasse debeaucoup ses ressources disponibles, celles que sa constitutionprésente, politique, économique et sociale, le mette à mêmede fournir. Surchargées d’un côté, minées de l’autre parl’énorme poids qu’on leur a imposé et l’énorme effort qu’on aexigé d’elles, les vieilles assises de l’édifice moscovite se rom-pent et s’effondrent. Un vide se produit, qui veut être comblésur l’heure et n’importe comment, la guerre n’attendant pas ;et le batailleur devient organisateur, réformateur par consé-quent, presque inconsciemment et presque malgré lui. Sesréformes sont des munitions improvisées, dont il charge sescanons, quand le parc d’artillerie a été épuisé.
J’insisterai plus tard sur ce point de vue, qui est capitalpour l’intelligence de son œuvre.
N’ayant aucune compétence en matière d’art militaire, jene me donnerai pas le ridicule d’entreprendre un tableau com-plet ou une critique raisonnée des campagnes qui, de 1700 à1721, ont fait perdre à la Suède et gagner à la Russie leursituation européenne. Aussi bien le cadre de cet ouvrage nes’y prêterait pas. J’essayerai uniquement de dégager le senshistorique des événements, d’ailleurs très universellementconnus, qui ont marqué cette époque, en m’en servant pour