L’Al’OGÉE. — EN FRANCE.
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poignard à la main pour repousser les douaniers du Roi (1).
En 1705, Matviéief vient de la Haye à Paris, mais a toutd’abord à s’escrimer contre les préjugés dont l’opinion y paraîtremplie à l’égard des Russes et de leur souverain. « Est-il« vrai, lui deinande-t-on, que, pendant son séjour en Hol-« lande, le Tsar ait brisé son verre en s’apercevant qu’on y« avait versé du vin de France? » — « Sa Majesté raffole du« vin de Champagne. » — « Est-il vrai encore qu’il ait or-u donné un jour à Menchikof de pendre son fils? « — « Mais« c’est une histoire datant d’Ivan le Terrible (2)! » Ces tenta-tives d’apologie ne mènent pas bien loin, et le pauvre diplo-mate a, d’autre part, dans son bagage, une commission peuagréable : il s’agit de deux navires moscovites capturés par lescorsaires de Dunkerque. Rien à faire de ce côté. On écoutepoliment ses remontrances, comme ses rectifications histo-riques, mais on garde les navires.
Une nouvelle tentative de rapprochement a lieu après Pol-tava, et là Pierre prend sa revanche. Les rôles paraissent in-tervertis; les avances viennent maintenant de la France; autour du Tsar d’y faire grise mine. Baluze, qui a peine à lerejoindre au milieu de ses courses continuelles et qui ne par-vient à l’aborder qu’en mai 1711, à la veille de la campagnedu Pruth, avec une offre de médiation entre la Russie et laSuède, reçoit un accueil ironique : « Le Tsar veut bien de sa« médiation, mais pour l’accommoder avec le Turc seule-« ment. » On le traite en importun, on l’écarte systématique-ment de la personne du souverain ; on le réduit à courir aprèslui, à la dérobée, dans les jardins de Iaworow. Quand il re-vient à la charge, au retour de Pierre de sa malheureuse cam-pagne, on lui tourne le dos sans façon (3).
Les événements ont marché. Les puissances avec lesquellesPierre a lié partie contre la Suède sont précisément celles quela guerre de la succession d’Espagne a mises aux prises avec
(1) Aff. étr. de France. Mémoires et documents, Russie, t. III, p. 21 et suiv.
(2) Solovief, t. XV, p. 72.
(3) Baluze au Roi, Varsovie, 11 sept. 1711. Aff. étr. de France.