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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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L’OEUVRE.

la France. Et le de'sir d’arracher à la France F « arme la pluspuissante dont elle dispose en Allemagne «, à savoir l’appui dela Suède, est devenu entre lui et elles le trait d’union naturel.« Tant qu’on n’aura pas fait cela, écrit Kourakine à ce moment,« rien ne servira de prendre au Roi Arras, tout Arras qu’il« est (1). »

Personnellement, Kourakine n’est d’ailleurs nullement anti-Français. Ses instincts de grand seigneur et ses habitudes viteprises d’homme du monde lui donnent trop de goût pourParis et surtout pour Versailles. Simultanément même, il estentré sous main, avec Rakoczy, le chef des insurgés hongrois,dans une négociation assez obscure et passablement louche,dont il a osé dérober le secret au Tsar, au moyen d’une cor-respondance chiffrée avec un alphabet spécial. L’objet en estde mettre fin à la guerre de la succession d’Espagne aux dé-pens de l’Autriche, la Russie assumant, au profit de la France,le rôle, déjà imaginé alors, d 'honnête courtier. En avril 1712,Rakoczy a paru lui-même à Utrecht pour essayer d’y mettre lesfers au feu. Hélas! il s’y est rencontré avec un courrier deChafirof, annonçant, de Constantinople, la conclusion d’unepaix avantageuse, « qu’il a réussi à obtenir, malgré les intri-“ gués de l’envoyé français, lequel s’est montré, pour la Rus-« sie, pire que les Suédois et les traîtres polonais ou cosaques ».Du coup, Kourakine a vu le terrain se dérober sous lui, et n’apas insisté (2).

Insensiblement pourtant et par la force seule des choses,l’abîme ainsi creusé entre les deux pays a tendu à se comblerd’année en année. En entrant dans la famille européenne, laRussie a fait, quoi qu’elle en ait pensé, un grand pas pour lefranchir. Un courant de relations naturelles, inévitables, s’estétabli lentement et s’est développé entre les deux peuples,alors même que les gouvernements restaient séparés. Quelques

(1) Note de Kourakine pour Saint-John, Londres, 21 avrd-2 mai 1711. Archi-ves Kourakine, t. IV, p. 405.

(2) Archives Kourakine, t. V, p. xv, 1 et suiv., 171 et suiv., 178, 184,197, 209.