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L’OEUVRE.
d’État. Depuis la constitution de l’hégémonie moscovite surla ruine des anciennes indépendances rivales, le pouvoir per-sonnel du souverain a revêtu la forme orientale, avec le droitprivé à sa base. Plus de suzeraineté à tournure féodale; unsimple titre de propriété, s’étendant à la personne des sujetscomme à leur avoir. Nul droit en dehors de ce droit unique,sauf une exception pour l’Église. Pas d’héritage légal de sujetà sujet; une simple répartition, héréditaire parfois ('y ou china ),plus souvent viagère ( pomiestié ), mais toujours arbitraire, dedomaines octroyés par le souverain en échange des servicesrendus. Pas ou presque pas de commerce ni d’industrie auxmains des particuliers ; commerce et industrie appartiennentau Tsar, comme le reste. Son monopole, à peu près universel,ne souffre que des intermédiaires. Le souverain achète engros et revend en détail jusqu’aux comestibles, viande, fruits,légumes ( 1 ). Les anciens ducs indépendants, les Rourikovitchsde Tver, Iaroslav, Smolensk, Tchernihof, Riazan, Yiasma,Rostov, ne forment plus qu’une simple aristocratie parmi les ser-viteurs du maître commun, faisant face aux paysans convertisen serfs depuis 1600 (sauf quelques paysans libres dans le Sud)et se vengeant sur eux de leur avilissement. Pas d’autresclasses; pas de corporations; pas de vie sociale. La corporationmarchande de Novgorod, qui a fait la prospérité ancienne dela ville, a disparu avec les autres traces d’organisation et deculture normandes. Pour lutter avec la puissance mongole,Moscou lui a fait emprunt de ses principes et de ses procédésde gouvernement, et, pour faire prévaloir sa suprématie contreles villes voisines, elle a poussé l’application de ces principeset procédés jusqu’à leurs conséquences extrêmes.
Le Tsar n’estdonc pas seulement maître, il est, dans le sensle plus absolu du mot ,propriétaire de son pays et de son peuple ;mais son pouvoir et son droit élevés si haut manquent de pointsd’appui : rien que le vide au-dessous, rempli d’une poussièreflottante d’esclaves. Pas de groupement social, pas de hiérar-
(1) Kotockiiuse, Mémoires, ch. x.