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Pierre le Grand : l'education - l'homme - l'oeuvre; d'après des documents nouveaux / K. Waliszewski
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REFORME MORALE.

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seurs, des trois cents cuisiniers et marmitons qui préparaientjournellement trois mille plats dans leurs cuisines (1). A la findu règne seulement, quelques nouvelles charges de courétaient créées sur le pied européen, mais ne fonctionnaientque plusieurs fois par an, les jours de gala. Les jours de fêteordinaire, quand il revenait de l’église pour dîner, le Tsarétait accompagné de ses ministres et d’une foule d’officiers deson armée; mais sa table n’était que de seize couverts. On sebousculait pour y trouver une place, le souverain disant sim-plement à ceux qui s’étaient laissé devancer : « Allez rendrevos femmes heureuses en dînant avec elles. » Nous savons aussique les grandes réceptions n’avaient jamais lieu au palais, alorsmême que Pierre fut arrivé à en posséder un. Dans les dernierstemps, la maison de Poste remplaça, pour cet objet, le palaisde Menchikof, et, quand Pierre y avait réuni son monde, elleprenait l’aspect du pire des cabarets. Bergholz nous fait assisterà un banquet, qui s’y donne en mai 1721, à l’occasion dulancement d’un navire ; vers le milieu du repas, les femmescomme les hommes sont ivres. On a mêlé de l’eau-de-vie auvin. Le vieil amiral Apraxine s’inonde de larmes; le princeMenchikof roule sous la table ; sa femme et sa sœur s’em-ploient à le ranimer. Puis des querelles éclatent, des souffletssont échangés ; on est obligé d’arrêter un général qui en vientaux mains avec un lieutenant (2). Ajoutons qu’au cours de cesorgies, qui se prolongeaient habituellement pendant six heureset plus, on tenait rigoureusement fermées les issues, et l’ondevine les conséquences immondes et voulues de cette me-sure. Le mépris absolu professé par Pierre pour les questionsde décence et de convenance s’affirmait ainsi hautement. Enjanvier 1723, un deuil de cour étant ordonné à l’occasion dela mort du Régent, à la première assemblée la plupart desdames paraissent en robes de couleur. Elles disent n’en pointposséder d’autres. Pierre les fait renvoyer, mais aussitôt après,

(1) Polevoï, Hist. de Pierre le Grand, t. I, p. 340 et suiv.

(2) Büschings-Magazin, t. XIX, p. 94-96. Une dépêche de Campredon datéedu 14 mars 1 721 contient des détails analogues.