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L’OEUVRE.
ayant vidé quelques verres, il donne lui-même le signal desdanses (I).
Pendant la belle saison, réceptions et banquets, transportésau Jardin d’été, prenaient un air de kermesses tumultueuses.L’odeur de l’eau-de-vie épicée se répandait jusque dans lesrues voisines. Les gros rires des buveurs, les cris des femmesque l’on violentait pour leur faire vider leur ration d’alcool,les chants burlesques des faux cardinaux égayaient des milliersde spectateurs. On dansait en plein air dans une galeriedécouverte qui longeait la Néva. Dans les résidences d’été,voisines de Pétersbourg ou de Moscou, le souverain et sonentourage donnaient encore plus librement carrière à la gros-sièreté de leurs habitudes et de leurs instincts. Lisons ce récitd’un voyage à Péterhof, imposé au corps diplomatique enmai 1715 :
« Le 9, le Tsar alla à Cronslot, où nous le suivîmes dans« une galère; mais une tempête qui s’éleva tout d’un coup«. nous obligea de demeurer à l’ancre deux jours et trois nuits« dans ce vaisseau découvert, sans feu, sans lit et sans provi-« sions. Étant enfin arrivés à Péterhof, nous y fûmes régalés« à l’ordinaire, car on nous fit tant boire de vin de Tokay à« dîner, que quand il fallut nous séparer, à peine pouvions-« nous nous soutenir. Cela n’empêcha pas que la Tsarine ne« présentât encore à chacun de nous un verre d’eau-de-vie« d’environ une pinte que nous fûmes obligés de boire, ce qui« ayant achevé de nous faire perdre la raison, nous nous« abandonnâmes au sommeil, les uns dans les jardins, les« autres dans le bois, et d’autres enfin de côté et d’autre, sur« la terre. On vint nous éveiller à quatre heures du soir et« on nous conduisit au château, où le Tsar nous donna à cha-« cun une hache avec ordre de le suivre. Il nous mena dans« un bois où il marqua une allée de près de cent pas, le long« de la mer, dont il fallait couper les arbres. Il commença le« premier à travailler, et quoique nous fussions peu accoutu-
(1) Büschings-Magazin , t. XXI, p. 191.