L’OEUVRE ECONOMIQUE.
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dizaines de milliers dans les marais finnois payera cette fois-ciencore sans trop murmurer.
Pierre n’a pas attaché la même importance et n’a mêmeapporté aucune attention au développement des communi-cations par voie de terre. Il n’a pas construit de routes. C’estencore aujourd’hui un des côtés faibles de la Russie au pointde vue économique, et les chaussées très insuffisantes qui yexistent sont entièrement l’œuvre du corps des ingénieurs crééen 1809 seulement. Le grand homme s’est gardé pourtant denégliger le commerce des caravanes, tel que ses ancêtres l’ontpratiqué. II le pratiquait lui-même., achetant sur pied enHongrie des récoltes de Tokav, dont il faisait transporter leproduit à Moscou sur des centaines de chariots, expédiant enretour dans ce même pays des produits sibériens (1) ; et,en donnant à la Baltique et au commerce de l’Occident lemeilleur de sa pensée et de son effort, il ne perdait pas devue, je l’ai montré ailleurs, sa frontière du sud-est et lesintérêts commerciaux qui y sollicitaient son initiative. Il estprobable qu’en atteignant Boukhara il eût fondé, dès cetteépoque, le commerce de l’Inde. Orembourg et Astrahanrecevaient déjà des caravanes isolées, qui leur apportaient nonseulement des étoffes de soie et de coton fabriquées en Bouk-harie, mais encore des produits indiens, pierres précieuses,matières d’or et d’argent. Du moins est-il parvenu à s’emparerdu cours de l’Irtich d’abord, dont la possession reculait etassurait contre les Iialmouks et les Kirgizs les frontières de laSibérie, puis des montagnes du Kolyvan, dont les trésorsdécouverts plus tard rendront vraie la fable grecque sur lesmines d’or gardées par les gnomes. En se maintenant à Azof,il eût de même poursuivi et peut-être obtenu le rétablissementde l’ancienne route commerciale des Vénitiens et des Génois.Rejeté sur la Caspienne, il a tenté, peut-on croire, de déplacercette route, en l’orientant par Astrahan sur Pétersbourg. Sagrande expédition de 1722, lafondation projetée et commencée
(1) Stoucu, t. V, p. 37 ; Goukof, t. VI, p. 326.