L’OEUVRE POLITIQUE.
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Cette prétendue grande œuvre n’était qu’un expédient fiscal.
La création, en 1708, des huit grands centres administratifsappelés gouvernements en était un autre, dérivant de la guerrecomme tout en dérivait à cette époque. La création de la flottede Voronèje et l’établissement du port d’Azof ont donné nais-sance à un premier centre militaire et financier ; la conquêtede l’Ingrie et de la Carélie a déterminé la constitution d’unpremier gouvernement en pays conquis, confié à Menchikof ;la marche de Charles XII, poussée au cœur de la Russie, a cen-tralisé les ressources militaires et financières de la défensenationale entre les mains des voïvodes de Smolensk et de Kief;la répression des mouvements insurrectionnels sur les bords duVolga a produit la circonscription d’Àstrahan : autant d’unitésadministratives nouvelles, autant de noyaux pour la nouvelleorganisation mise sur pied à la veille de la bataille de Poltava.Celle-ci ne faisait que raccorder et compléter les élémentsainsi préparés, en généralisant le type d’administration déve-loppé dans le gouvernement de l’Ingrie d’après les modèlessuédois. Au point de vue territorial, les huit gouvernementscorrespondaient aussi, en partie, à d’anciennes circonscriptionsmilitaires et financières, créées pour les besoins locaux, le nommême de gouverneur n’étant que la traduction du nom russedonné aux chefs de ces circonscriptions, les voïvodes ou « conduc-teurs de.la guerre » . En 1694 déjà, s’adressant au voïvode d’Ar-hangel, Pierre l’appelait en hollandais : « Min Her Gubernor. »
La réforme de 1708 échappe, sur ce point, aux critiques quilui ont été fréquemment adressées, relativement à son carac-tère « accidentel et mécanique ». Sans doute, les arrondisse-ments militaires et financiers préexistants, dont elle a adoptépour une part la division territoriale, avaient en eux-mêmesquelque chose d’artificiel et d’arbitraire; mais l’histoire russen’a pas créé de provinces, dans le sens européen du mot, com-portant l’idée d’une unité organique. Pierre a soudé son œuvreà ce qu’il a trouvé d’organisé tant bien que mal sur le sol mou-vant de la patrie.
Cette œuvre appelle d’autres reproches, mieux justifiés.