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L’OEUVllE.
Dans sa conception, tout d’abord, elle a été, je viens de ledire, moins un instrument de gouvernement qu’un artifice detrésorerie. En se déclarant l’adversaire résolu des nouvellescirconscriptions, le ministre temporaire des finances dontPierre s’est pourvu, Kourbatof, prenait la défense des prin-cipes réguliers de son administration qu’elles mettaient enéchec. Il tenait pour la centralisation administrative avecl’Hôtel de ville comme centre. Mais le souverain avait sonidée : centralisés à l’Hôtel de ville, les revenus ne pouvaientmanquer d’y être attribués aux besoins des divers services pu-blics qui y auraient aussi leur représentation ; or il s’était misprécisément en tête d’en détourner la plus grosse partie pourun besoin et pour un service uniques : l’entretien de la guerre.Isolés, sans autre lien direct avec l’État que la volonté du chef,plus maniables ainsi, les gouvernements l’y aideraient. Il lesa imaginés pour cela. Pour cela il a rompu avec le programmecentralisateur du dix-septième siècle, qui a fait l’unité du pays.Et il avait beau prôner devant ses collaborateurs les avantagesaccessoires qu’il prétendait retirer de cette rupture : facilitéde contrôle, perception plus aisée des impôts. La vérité estqu’il agissait non en politique, mais en chef militaire. Il suivaitaussi ses convenances personnelles : voyageant sans cesse, iln’apercevait pas la nécessité d’un centre gouvernemental, ouplutôt il admettait que celui-ci se déplaçât à sa suite. Quant àconcilier les avantages de la centralisation avec ceux de l’auto-nomie locale, il était trop peu savant, en 1708 surtout, pour ysonger. Il ne songeait même pas tout d’abord à bien définir lesattributions des organes administratifs ainsi établis. Pour com-mencer, il se contentait de répartir territoires et villes entreles huits gouvernements; après quoi, se laissant reprendre parses préoccupations belliqueuses, il avait l’air de les oublier; ilretenait même auprès de lui, dans les camps, la plupart de sesnouveaux gouverneurs, qui étaient aussi ses généraux. Auprintemps de 1709 seulement, pendant la fonte des neiges quilui donnait un peu de répit, il s’avisait de leur remettre lesétats de leurs circonscriptions, leur recommandant en même