L’ARMÉE ET LA MARINE.
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ligne, frégates ou galères, construits à l’époque du grandrègne. Quand, en 1734, neuf ans après la mort de Pierre, leblocus projeté de Stettin les appellera au service, on en trou-vera quinze à peine pouvant tenir la mer et pas un officierpour les commander (1).
Pierre est allé trop vite ; mais surtout il a voulu aller troploin. Donner à la Russie une flotte était bien ; vouloir en faireune Hollande était peu raisonnable. En établissant sur vingt-cinq points de son Empire, et en pleine terre ferme parfois,des chantiers successivement abandonnés (2), en remplaçantle bureau de constructions navales de Vladimir par le bureaude l’amirauté de Moscou, les deux chefs-lieux étant distantsde la mer de plus de six cents kilomètres, il a imprimé à sacréation le caractère artificiel qui lui est resté. Transportéesplus tard à Saint-Pétersbourg, avec la chancellerie de la flottede guerre (1712), concentrées définitivement dans la mêmecapitale avec le collège de l’amirauté (1719), ses entreprisesont pu sembler destinées principalement à lui donner un amu-sement et une illusion. Elles ont certainement servi, sinon àjustifier, du moins à armer de quelque argument valable l’op-position avec laquelle l’ensemble de son œuvre s’est trouvéeaux prises, et dont j’ai à parler en terminant.
(1) Viéssiélago, t. I, p. 54-70.
(2) Ibid .