582
L’OEUVRE.
fait ses conditions, le Tsar va faire les siennes. Coupable etindigne, le prince doit renoncer solennellement à la couronneet dénoncer les participants de sa faute, tous ceux qui l’ontconseillé pour sa fuite criminelle ou l’yontaidé. C’est ce qu’onprévoyait; c’est l’enquête avec tout son cortège de tortures etde supplices. Dans la cathédrale de l’Assomption, au lieumême où il était appelé à ceindre un jour le diadème, devantl’Évangile, Alexis abdique ses droits au trône, reconnaissantcomme héritier son frère cadet, Pierre, le fils de Catherine, etdans une salle basse du Kreml, où son père s’enferme en têteà tête avec lui, il livre des noms, tous ceux dont il peut sesouvenir, tous ceux qui, dans sa mémoire effarée, corres-pondent à un encouragement, un témoignage de sympathie,une simple parole affectueuse, recueillie au milieu de la crisemorale qui a déterminé son évasion.
Il est averti : une seule omission, une seule réticence luiferont perdre le bénéfice de ses aveux.
Kikine est désigné le premier, puis Viaziemski, Vassili Dol-gorouki, Afanassief, d’autres encore, en foule ; la tsarevnaMarie elle-même, à cause de cette rencontre à Libau, où pour-tant elle s’est montrée si réservée. Pierre rugit de colère àchaque nom. Kikine a compté, jusqu’en 1714, parmi les plusintimes de son entourage. Weber a vu plus d’une fois le Tsar letenant embrassé pendant plus d’un quart d’heur e(I). Dolgoroukiest le seul membre de la vieille aristocratie auquel le souverainait accordé une grande confiance. Tous deux sont amenés àMoscou avec un carcan de fer au cou, et l’enquête commence.
Elle met promptement en évidence ce fait qu’il n’y a jamaiseu entre Alexis et ses amis aucune entente en vue d’un butdéterminé, pas l’ombre d’une conspiration proprement dite.Sur ce point, la diplomatie étrangère, dont les rapports sontassez unanimes en sens contraire, a dû se laisser égarer parlesapparences ou obéir à une pensée de basse complaisance.Alexis pouvait bien avoir pour lui, ainsi que l’affirmait le rési-
(1) Herrmann, Peter der Grosse und der Tsarévitch Alexei , Leipzig, 1880,
p. 122.