L’OPPOSITION. — ALEXIS.
581
Le sort d’Alexis est consommé; le 31 janvier 1718, Pierre a lasombre joie de savoir son fils de retour à Moscou.
Y
En Europe, personne à ce moment ne se doutait de ce quiattendait là-bas l’infortuné, et la défaillance des conseillersimpériaux trouve une justification partielle dans ce fait. LaGazette de Hollande annonçait même le prochain mariage duprince avec sa cousine, Anna Ivanovna. En Russie, par contre,l’émoi était vif. Pendant la longue absence du Tsarévitch, lesbruits les plus contradictoires avaient circulé : on l’avait crutour à tour fiancé à une princesse allemande, enfermé dans uncloître, mis à mort par l’ordre de son père, caché sous unnom d’emprunt dans les rangs de l’armée impériale. La vérité,enfin connue, a jeté parmi ses partisans avoués ou secrets unealarme terrible. Bien sûr, Pierre ne se contenterait pas d’avoirretrouvé son fils. Il y aurait enquête, recherche des compliceset séances aux chambres de torture de Préobrajenskoïé. Lecomplice le plus directement compromis, Iiikine, a mêmeessayé d’engager Afanassief, le valet de chambre, à aller au-devant de son maître pour le prévenir; mais craignant deprovoquer des soupçons, l’homme n’a pas voulu bouger. Per-sonne, parmi les intéressés, n’a fait fond un instant sur lepardon octroyé par le Tsar au coupable. Et Pierre ne tarderapas, en effet, à justifier sur ce point l’opinion commune.
Et d’abord le 3 février 1718 une assemblée du haut clergéet des dignitaires laïques est convoquée au Kreml. Alexis paraîtdevant elle, en accusé, sans épée. En l’apercevant, Pierres’emporte, l’accable d’injures et de reproches. Le Tsarévitchtombe à genoux, s’inondant de larmes, balbutiant des excuses,implorant à nouveau ce pardon, sur la foi duquel il s’est laisséconduire là, comme à l’abattoir. Pardonné il sera; mais il a