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Tome I.
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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

ou de re'gner par son confident, ou de décrier la Reyne par cetteaction et la perdre d’autorite', comme il fit.

Le mariage s’accomplit, et les pressantes sollicitations du comteenlevèrent enfin le cœur de Marie, qui l’épousa en face d’Église,avec toutes les cérémonies requises. Quelques-uns ont écrit quecette bonne âme fut fort persécutée par ces recherches de mariageà cause de sa beauté, et que la facilité de son naturel, qui n’avoitpas assez de résistance contre les grandes importunitez et lescontinuelles batailles que l’amour suscitoit contre Elle, luy attiraun grand déluge de malheurs.

Aussy, les Princes voisins, qui ne sçavoient pas l’artifice deses ennemis, la blâmèrent au commencement d’avoir adhéré tropfacilement à un homme qui e'toit dangereusement soupçonné,jugeant qu’Elle devoit épurer sa réputation des moindres tachesdont l’envie auroit sujet de la ternir. Mais qui considérera bienune jeune veuve, âgée de dix-sept ans, rangée aux extre'mitez dela terre, où l’hérésie avoit tout renversé et déchaîné les furiesles plus noires de l’abysme à la désolation de l’État; qui lacontemplera, seule comme l’étoile du matin, au milieu desnuages, sans assistance, sans force, sans conseil, persécutéepar son frère, outragée par les Hérétiques, trahie par la Reyned’Angleterre sous couleur de bienveillance, recherchée d’allianceà main armée par les Princes de son Royaume, trouvera qu’Ellen’a rien fait d’imprudent en montrant choisir par amitié ceuxque la nécessité luy donnoit par force, et qu’il y a des tempset des rencontres d’affaires si périlleuses et si irrémédiables, oùnous n’avons autre puissance que celle de nou^ perdre.

Cependant, les Luthériens et les Calvinistes ne cessèrent decrier et de rugir contre leur Princesse, et ayant commencé pardes libelles diffamatoires qui étoient comme le bourdonnementdes sauterelles de l’Apocalypse, ils firent tant par les trompettesde leurs séditions, qu’ils enflammèrent la guerre, sous prétextede venger la mort du Roy, qu’ils avoient fait peindre mort surune bannière sanglante, avec son petit fils à ses pieds qui de-nt andoit vengeance. Bothuel, qui étoit encore enyvré des douceursde l’affection de sa nouvelle Épouse, est tout étonné qu’il voitmarcher une armée en campagne contre luy et que les clameurspubliques le chargent hautement de la mort de son Roy. LaReyne eut tant d’horreur du crime de ce malheureux homme, oùle temps commençoit à faire jour, que sur l’heure Elle luy com-