PROCÈS ET MORT DE MARIE STUART
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manda de se retirer et de ne la voir jamais, et quoyqu’Elle n’i-gnorât pas que son courage et sa valeur e'toient capables de lagarantir de l’orage qui alloit fondre sur sa teste, si est-ce qu’Elleayma mieux s’abandonner comme une proye à toutes les fureursde ses ennemis que de tenir une seule heure auprès d’Elle unhomme qu’Elle connut, seulement pour lors, avoir eu de mauvaisdesseins sur la personne Royale. Il s’enfuit au Royaume de Da-nemark, où, après avoir trempé dix ans en prison, il protesta,vivant et mourant, que la Reyne Marie n’avoit jamais rien sçu dela conjuration faite contre le Roy son mary, et que ceux qui firentle coup luy ayant demandé quelque aveu de la Reyne pour leurdécharge, il leur répondit que c’étoit un sacrilège d’y penser, tantElle avoit l’âme innocente.
Cette protestation, qu’il avoit faite à la mort devant l’Évèqueet autres Seigneurs du Royaume, fut depuis envoyée à plusieursPrinces de l’Europe par le Roy de Danemark, et à Elizabethmême, qui la dissimula. Cependant, la rage des infidelles sesaisit de Marie et la contraignit, avec des violences exécrableset des trahisons tramées sous main par les agens de la Reyned’Angleterre, de résigner le Royaume à son fils, que les séditieuxfirent couronner à l’âge d’un an, pour mettre toute autorité entreles mains de Mouray, en qualité de Régent. Non contents de cela,ils la surprirent comme Elle s’habilloit, et luy ayant ôté lesornemens dignes de sa qualité, la vêtirent d’un méchant habit,et après l’avoir montée sur un cheval qui passoit par hazarddans une prairie, ils la menèrent dans un lieu écarté et laconfinèrent dans un château situé sur le lac de Levin (i), sousla garde du comte Domglas (2), frère utérin de ce Vice-Roy, latraitant comme une perdüe et une misérable, en l’accusant, avecune horrible effronterie, de la mort de son mary, à desseind’envahir son Royaume.
Elle étoit chargée d’opprobres dans cette captivité par laconcubine de son père, femme très-insolente qui la gardoit,et par ce Prieur défroqué, qui la visita pour luy faire desremontrances d’un Père confesseur, et dès lors quelques espritsnoirs et carnassiers prirent quasy résolution de la faire étrangleret publier qu’Elle s’étoit désespérée.
(1) Loch-Leven.
(2) James Douglas, frère bâtard du comte de Morton.