LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
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Quelle indignité et quel renversement de la nature et des loixdu monde'! Cette excellente femme, à qui la grâce et la natureavoient donne' des charmes pour captiver les cœurs des barbares,cette haute Princesse que le soleil avoit quasy vue aussytostReyne que cre'ature vivante, celle qui étoit ne'e aux Empireset pour qui les Empires sembloient être ne's, se voit prive'e dela douce liberté', se'pare'e de tout commerce humain, rele'gue'edans un de'sert, où il n’y avoit que les rochers qui fussenttémoins de ses souffrances, et, qui plus est, se voit captive deses sujets et servante de ses esclaves !
La pauvre tourterelle ne cessoit de gémir et regardoit souventpar une grille le lac de Levin, où Elle pensoit voir en toutes lesondes l’image ondoyante des changemens de sa fortune. Ce futlors qu’Elle entra dans une profonde tristesse, où le malinEsprit, qui pesche en eau trouble, osa bien la tenter de dé-sespoir, luy remontrant que puisque l’air et la terre luy étoientfermés, Elle choisît l’eau et se jettât dedans le lac, pour terminerles langueurs de sa captivité et ensevelir dans un moment toutesses peines.
Mais comme cette bonne âme tenoit fort à Dieu par deschaînes indissolubles, Elle se mit à prier ardemment sa divinebonté à ce qu’il luy plût consoler et affermir son esprit, qui ctoitdescendu jusques au fond de l’abysme des misères du monde.Cette prière fit des infusions amoureuses envers son Créateuret luy donna une confiance pleine de générosité qui luy fît dire :
« Hé quoy ! mon âme, si Dieu permet cecy pour tes péchés,» ne faut-il pas baiser la verge qui te frappe, et adorer cette» miséricorde infinie qui te châtie par des peines passagères,» ne voulant pas te faire l’objet de cètte colère qui est allumée» par une éternité de flammes ? Et si cela t’arrive pour éprouver» ta vertu, crains-tu d’entrer dans la fournaise où ce grand» ouvrier consommera la paille qui brûle et te fera reluire» comme l’or? De quoy vous attristez-vous, mon cœur? D’être» privé de la liberté et des délices de la cour? Mais, prenez les» ailes de la contemplation et de l’amour, et volez par-dessus» le lac de Levin; volez par-dessus les mers qui environnent» nos Isles, et apprenez qu’il n’y a point de prison pour une» âme qui est l’affranchie de Dieu, et que tout le monde ap--» partient à celuy qui le sçait mépriser ».
Elle sentoit des douceurs sans pareilles dans ces considérations,