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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
de côté et d’autre pour les Commissaires qui dévoient le juger.Il est conduit à ce parquet par deux chevaliers dorez, devantlesquels on portoit une hache qui avoit le dos tourné du côté ducriminel. Le comte Talbot, qui présidoit à cette assemblée enqualité de Sénéchal, s’assit sur le Tribunal, et à ses côtésquantité de Juges et de Conseillers. Après la lecture faite deleur commission, le Duc est cité et accusé d’avoir voulu dépos-séder Élizabeth de son Trône pour y mettre la Reyne d’Ecosse,d’avoir eu de grandes intelligences avec le Pape et les Princesétrangers ennemis de la Couronne, d’avoir aidé de ses moyensles Ennemis de l’État, avec d’autres particularitez que l’oncostoit par le menu. Le pauvre cavalier se trouva fort étonnéde se voir investy tout soudainement d’une accusation si dan-gereuse et chargée de tant de chefs. Il demande un avocat pourdéduire sa justification, ce qui luy fut refusé, et le pressa-t-on derépondre promptement aux crimes dont il étoit accusé, à quoy ildit fort innocemment :
« Je me recommande à Dieu et aux Pairs : l’atrocité de ces» crimes m’étonne, mais la Royale clémence de Sa Majesté, qui» m’a fait des biens autant que j’en pouvois espérer, me console.» Je vous prie, Monsieur le Sénéchal, que l’on me fasse justice» et que l’on ne m’accable point la mémoire d’une foule dej> choses confuses. Je me sens heureux de vous avoir tous Pairs» et Juges, et commettrais volontiers ma vie à l’intégrité de» plusieurs de vous. M’assurant sur mon innocence, je n’ay» point voulu prendre la fuite, et quoy que je reconnoisse ingé-» nüement de n’avoir pas réglé toutes mes actions dans une» bienséance si juste, si est-ce que je n’ay point offensé Sa» Majesté. »
Alors on luy mit en teste un Bathaut, avocat général de laReyne, homme violent, audacieux contre les timides et timidecontre les audacieux, qui, pour faire voir sa suffisance et le zèlequ’il avoit au service de sa Maîtresse, le presse vivement etl’embarrasse dans des grandes quantitez de paroles. Le bon Duc,qui sçavoit mieux manier l’e'pée que la langue, et qui avoit lamémoire assez chancelante, deffendoit sa vie et son honneurautant qu’il pouvoit, mais la partie n’e'toit pas égale, tant d’au-torité, de perfidie et de malice fondoit sur luy pour l’accablersans ressource. On le fait retirer pour demander les avis, et àson rappel on luy montre le tranchant de la hache, pour luy