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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
et son historiographe, ne l’a pas cèle'. L’une s’e'tudioit au bien dela vertu; l’autre à celuy de la vaine re'putation. L’une avoit unege'ne'reuse liberté en toutes ses actions; l’autre fardoit sa vie etcouvroit ses vices par de grands prétextes. Elle craignoit extrê-mement le jugement de la postérité, ce qui faisoit qu’Elle ca-ressoit avec beaucoup d’artifices les habiles hommes des paysétrangers, entretenoit des plumes mercenaires pour luy donnerde la renommée, pensant par ce moyen cacher ses défauts etébloüir les yeux du genre humain. C’est pourquoy il ne faut pascroire légèrement quelques historiens, quoyque gens d’estime,qui en disent de grands biens après en avoir reçu de grandsprésents. Les hommes de cette sorte sont assez crédules et n’ontpas coutume de parler mal de ceux qui leur donnent du pain.L’une étoit fort religieuse en ses promesses; l’autre inconstante etcaptieuse, ce qu’Elle montra visiblement envers le duc d’Alençon,frère de Henry III, qui étoit venu en Angleterre pour l’épouser,et néanmoins, après un contrat de mariage arrêté de part etd’autre, après luy avoir donné l’anneau nuptial, Elle rompt tout,par le seul caprice d’une nuit, pour obéir aux crieries de sesfemmes de chambre, qui ne désiroient pas qu’Elle se mariât.L’une étoit pleine de bonté envers son pauvre peuple, à quiElle ne pouvoit faire tout le bien qu’Elle désiroit, à cause desrébellions qui furent suscitées dans son Royaume; l’autre futassez soigneuse de ne charger point ses sujets d’impôts et desubsides, ce qui la fit aimer du peuple, qui ne chérit rien tanten toutes les vertus d’un Prince que la modération des tributs.L’une étoit douée d’une extrême douceur qui sembloit quel-quefois trop désarmée, lorsqu’Elle pardonnoit de grands crimes,qui alloient à la diminution de son autorité, sans faire justice;l’autre étoit naturellement cruelle et aymoit le sang, tourmentanthorriblement les Catholiques, et faisant voler trop facilement lateste des grands sur des échaffauts, pour s’acquérir l’honneurde juste envers les âmes populaires. Enfin, l’une régnoit encolombe, et l’autre en oizeau de carnage.
C’est chose horrible que lire l’histoire de son règne, écrite parses admirateurs, où, au lieu de contempler des beautez et desvertus, on n’y remarque quasy entre toutes les pages que desrages d’accusation, des jugemens sanglans, des proscriptions,des massacres : ce que l’on dit n’est pas au désavantage de lanation, mais à l’opprobre de l’hérésie. Il semble, quand on lit la