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LES DESSOUS DE I. HISTOIRE
marier à ses sujets; les autres la regarderont comme les fauxamis de Job, et la penseront navrée sur ce fumier pour sespéchez. Mais après avoir bien conside'ré cecy, on trouve queDieu a voulu repre'senter en ces deux Reynes les deux Citezde Sion et de Babylone, les deux vies des justes et des pécheurs,l’e'tat du siècle présent et de l’avenir. II a donné à Elizabeth lepain des chiens pour réserver à Marie la manne des Anges. Il arécompensé en l’une quelques vertus morales par des commoditeztemporelles, pour faire entrer l’autre en la possession des bienséternels. Élizabeth a régné, c’est ce qu’a fait Athalia; Elle a per-sécuté les Prophètes, c’est ce qu’a fait Jézabel; Elle a gagné desbatailles, c’est ce qu’a fait Thomiris, Reyne des Scythes; Ellea vécu dans les grandeurs et les délices, ainsy fit Sémiramis;Elle est morte de sa mort naturelle dans une profonde vieillesseaprès tant de meurtres des innocens, ainsy sont morts les He'rodcet les Tibère; mais suivant les routes qu’Elle a tenues, quepeut-on penser de sa fin, sinon ce que Job a dit du tombeau desméchans : « Ils passent leur vie en délices et descendent en unmoment aux Enfers? »
Or, Dieu voulant élever Marie par-dessus les routes de toutesles grandeurs de la terre, et renouveller en Elle les fruits de sacroix, a permis au siècle dans lequel Elle a vécu la plus outra-geuse et la plus sanglante persécution qui se soit jamais élevéedans l’Église. Il a voulu, par un conseil secret de sa Providence,qu’il y eût des personnes de toutes qualitez qui rehaussassent leseffets de sa Passion. Tant de Prélats, de Docteurs, de Sçavans,d’Hommes d’État, de Justiciers, de Marchands, de Laboureurs,d’Artisans y e'toient entrez, il y falloit des Roys et des Reynes.François second, son mary, quoyque très-juste et très-innocent,avoit déjà tenu sa partie dans ce concert des âmes souffrantes;sa vie luy étant abrégée, comme l’on tient, par la fureur desHuguenots qui ne cessoient de le persécuter, il falloit que sachère Épouse achevât le mystère de la Croix, et comme c’étoitune âme très-forte, Dieu l’a mise en butte aux plus violenspersécuteurs, pour souffrir les plus grands maux et s’acquérirles plus riches couronnes.
Le Prophète disoit que l’homme étoit fait comme une piècede broderie : ce qui se manifeste en la vie des justes, car Dieules prend comme le brodeur fait les étoffes de velours et de satinpour les mettre en pièces, à dessein d’en composer les paremens