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Tome I.
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LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

attend que ce tonnerre parle pour luy dire la cause de sonmalheur, lorsque voicy une lettre de la Reyne d’Angleterre quiluy signifie une commission qu’Ellc avoit donne'e à ses Con-seillers d’État pour l’ouïr en jugement sur les faits dont Ellee'toit accusée. Après l’avoir lüe, Elle dit d’un visage fort ma-jestueux et d’un esprit rassis à ceux qui la luy avoient rendüe :

« Je suis fâchée que la Reyne, ma très-chère Sœur, ait e'te'» mal informe'e de moy, et qu’après avoir e'te' si longues anne'es» e'troitement garde'e et percluse de mes membres, tant d’e'qui-» tables conditions que j’ay offertes pour ma liberté', ayant e'te'» me'prise'es et moy abandonne'e, je l’ay suffisamment avertie de» plusieurs dangers, et ne'anmoins jamais Elle ne m’a voulu» croire et m’a toujours me'sestime'e, quoyque je luy sois très-» proche par le sang. J’ay bien pre'vu que quelque accident qui» pourroit arriver au dedans ou dehors le Royaume, on s’en» prendrait toujours à moy, et que je serais assez criminelle,» puisque je suis si mise'rable. Quant à sa lettre, j’estime que» c’est chose un peu nouvelle que la Reyne me commande» comme à sa sujette de comparaître en jugement. Je suis» Reyne absolue et ne feray rien au pre'judice de la Majesté» Royale, mon courage n’est point encore abattu et je ne suc-» comberay jamais sous ma calamité. »

On rédigea sa réponse par écrit, qu’Elle avoit prononcée ences mêmes termes, et le même jour le Chancelier et le Trésorierl’allèrent trouver, et luy déclarèrent le pouvoir qui leur étoitdéféré par leur commission, l’admonestant d’entendre les faitsdont Elle étoit chargée, autrement qu’ils pouvoient et vouloientprocéder contre Elle par contumace. A cela Elle répond qu’Ellen’étoit point sujette, et qu’Elle aymoit mieux périr mille foisqu’en se reconnoissant telle porter préjudice à la Majesté Royale;que s’ils venoient à Elle après l’avoir condamnée par leurs pré-jugez pour faire contenance de garder quelque formalité dejustice, ils consultassent leur conscience et se souvinssent que lethéâtre du monde étoit plus grand que l’Angleterre. Les Com-missaires ne laissèrent pas d’insister et de luy présenter la teneurde leur commission avec leurs noms; sur quoy Elle demanda parquel droit ils dévoient procéder contre Elle, ou canon, ou civil,et qu’Elle sçavoit bien qu’ils n’étoient pas grands jurisconsultes;qu’il serait plus à propos d’appeler de bonnes Universitez del’Europe. Ils luy dirent qu’ils pre'tendoient agir avec Elle en