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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
modeste et assure'e parmy ces visages affreux des Milords, alte'rezde son sang, et prend sa place. Bromlay, le chancelier, se tournantvers Elle, luy parle en ces termes :
« La Sérénissime Reyne d’Angleterre, ayant été assurée, non» sans une extrême angoisse d’esprit, que vous avez machiné sa» perte et celle du Royaume d’Angleterre et de la Religion, pour» s’acquitter de son devoir et ne pas manquer à Dieu, à soy et à» son peuple, a, sans aucune malice de cœur, e'tably ces Com-» missaires pour entendre les choses dont vous êtes accusée,» comment vous les résoudrez et montrerez votre innocence ».
Cet homme, qui parloit assez mal, eut la discrétion de parlerpeu, et tout incontinent, comme il eût donné le signal, lespervers officiers, qui étoient plus de quarante, se jettent touscomme des chiens acharnez sur la proye, luy faisant millequestions captieuses pour la surprendre, dont la généreuseamazone se de'mêloit avec une vivacité incroyable. Enfin, toutse réduit aux lettres de Babinton, qui luy avoit donné avis dela conjuration, et à la réponse qu’Elle luy avoit faite, enl’exhortant à poursuivre son dessein, et, de plus, aux dépositionsdes Secrétaires, qui assuraient qu’Elle avoit dicté ces lettres etd’autres aussy aux Princes étrangers pour attirer leurs armessur l’Angleterre. Ils la pressent sur ces faussetez qui sembloientavoir plus de probabilité, mais Elle y répondit invinciblement,comme il est clair par ces termes qui ont été tirez d’Elle endivers endroits, les liant ensemble pour donner plus de jourà son apologie, où on a remarqué de grandes lumières d’espritet de jugement :
« Si la Reyne, ma Sœur, vous a donné la commission de» rendre la justice, il est bien raisonnable que vous la corni-» menciez, plustôt par le soulagement de mes peines que par» l’oppression de mon innocence. Je suis venüe en Angleterre» pour y implorer le secours contre la rébellion de mes sujets.» Le sang, la parenté, le sexe, le voisinage, le titre de Reyne» que je porte, m’y promettoient toute satisfaction, et j’y ay» rencontré mes plus sensibles déplaisirs. Voicy tantôt la zing-» tienne année que je suis retende prisonnière, sans cause, sains» sujet, sans miséricorde, et qui plus est sans espérance. Je ne» suis point sujette de votre Maîtresse, mais Reyne libre et» absolüe, qui ne doit répondre qu’à Dieu, juge souverain de» mes actions, pour ne préjudicier au caractère de la Mijeisté