PROCÈS ET MORT DK MARIE STUART
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» Religion, pour laquelle ie m’estime heureuse de re'pandre» jusques à la dernière goutte de mon sang. Je mets toute mon» espérance en Celuy que je vois représenté en cette Croix quej> je tiens en main, et je me flatte que cette mort temporelle,» soufferte pour son nom, me sera le commencement d’une vie» e'ternelle avec les Anges et les âmes bienheureuses qui recevront» mon sang, et le représenteront devant Dieu, en rémission de» toutes mes offenses. »
Là-dessus, tout le monde pleura. Il n’y en eut pas quatre entoute l’assemble'e, de ses ennemis mêmes, qui pussent retenirleurs larmes. Le bourreau, vêtu d’un habit de velours noir, sejetta à genoux et luv demanda pardon, qu’Elle luy accorda fortvolontiers et à tous ses perse'cuteurs.
Après ces paroles, Elle s’agenouilla, priant hautement en latin,invoquant la Très-Sacrée Mère de Dieu et la triomphante com-pagnie des Saints à son secours, pour combattre encore l’he'résiepar ses derniers soupirs. Elle redoubla ses plus ardentes prièrespour l’Église, pour son Royaume, pour la France, pour son fils,pour sa cruelle meurtrière, pour l’Angleterre, pour ses juges etpour son bourreau, recommandant entre les mains du Sauveurdu monde son esprit purifie' par tant d’amour et de souffrances.Les dernières paroles de son oraison furent celles-cy : « Comme<> tes bras, Seigneur Je'sus-Christ, e'toient e'tendus sur la Croix,o reçois-moy de même entre les bras e'tendus de ta mise'ricorde ».
Elle baisoit constamment un crucifix qu’Elle tenoit entre sesmains, sur quoy un des assistans, fâche' de l’honneur qu’Ellerendoit à la Croix, luy dit qu’il la falloit porter au cœur, maisElle répartit promptement : « Au cœur et à la main ! » PuisElle se disposa à son supplice, et l’exécuteur voulut luy ôter songrand manteau, mais Elle le repoussa, demandant que cet officelui fût rendu par ses filles, qui s’approchèrent pour la préparerau coup de la mort. Elle-même s'accommoda le plus diligemmentqu’Elle put, et tendant son col et sa gorge plus blanche qu’al-bàtre, assez bien découverte pour un si fâcheux sujet. Cela fait.Elle fit le signe de la croix à ses suivantes, les baisa, et avec unpetit sourire leur dit adieu, pour montrer qu’Elle mouroit aussydoucement que constamment, ne faisant non plus de résistanceà la mort que la fleur à celuy qui l’a cueillie.
Ces pauvres créatures pleuroient amèrement et poussoientdes sanglots à fendre les rochers, lorsque la Reyne leur dit :