Band 
Tome I.
Seite
98
JPEG-Download
 

9 8

LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

dans qui les grâces mourantes jettoient encore au dehors leurdernier e'clat!

Sitôt qu’Elle se fut assise sur une chaise pre'pare'e pour Elle,Beal lut le mandement et l’arrest outrageux de sa mort, qu’Elleentendit fort tranquillement, réprimant tous les mouvemens dela nature, pour s’abandonner à la grâce et à l’imitation de sonSauveur. Ensuite, Fletcher, doyen de Petrebourg, l’un de sesmalins consolateurs, se présenta, luy fit un discours de pe'dantsur la condition de sa vie passe'e, de la présente et de celle quiétoit à venir, tâchant de tout son pouvoir à la pervertir dans cedernier combat. C’e'toit le plus sensible de tous ses maux d’en-tendre, en cet article de sa vie, la harangue e'tudie'e d’un ministreimpertinent et audacieux : voilà pourquoy Elle l’interrompitplusieurs fois, et le pria de ne la plus importuner, assurantqu’Elle e'toit confirme'e dans la foy de l’ancienne Eglise Catho-lique et Romaine, et preste de répandre son sang à ce sujet.Ne'anmoins, cet infâme docteur ne cessoit point de la perse'cuter,en luy faisant des remontrances j.usques dans l’ombre de la mort.

Elle jetta les yeux par toute la salle, pour voir si Elle ne de'cou-vriroit pas son confesseur, pour luy demander l’absolution de sespochez, mais on l’avoit bien empêche' d’en approcher.

Une pauvre fille de sa maison s’e'tant jette'e à toute force parmyla presse, comme elle fut entrée et qu’elle vit sa Maîtresse entredeux bourreaux, commença à jetter un grand cry qui émut tousles assistans; mais la Reyne, ayant l’esprit présent à tout, luy fitsigne du doigt qu’il se falloit taire, si elle ne vouloit pas êtrechasse'e. Alors, les Comtes firent contenance de vouloir prierpour Elle, mais Elle les remercia de leur bonne volonté', disantque ce luy seroit un crime de communiquer ses prières avec eux.Puis se tournant vers cette multitude, qui e'toit environ de troiscents personnes, Elle dit :

« C’est un spectacle nouveau de voir une Reyne réduite a» mourir sur un e'chaffaut. Je n’ay pas appris à lever le voile» et me de'pouiller de mes ornemens Royaux dans une si grande» compagnie, et d’avoir des bourreaux pour valets de chambre,» mais il faut vouloir ce que le Ciel veut et obe'ir aux arrests de» la Providence divine.

» Je proteste à la face du Dieu vivant que je n’ay jamais» attente' à la vie, ny à l’Etat de ma Cousine, ny commis autre» chose digne de ce traitement, si l’on ne me veut imputer ma