PROCES ET MORT DE MARIE STUART
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poser à ton salut et fermer la porte à ta félicite ? Où est cettegloire de ton Christianisme, qui te faisoit anciennement regardercomme une terre de bénédiction, laquelle ouvroit son sein pourdonner tant de Docteurs à l’Europe, tant de lumières à laDoctrine de l’Église, tant d’exemples de piété' à toute la Chré-tienté, et tant de Confesseurs au Paradis? Tes Roys forçoientle chemin du Ciel d’une pieuse violence, et les peuples lessuivoient à la foule. On ne parloit chez toy que d’obéissance àl’Église Romaine, que de Saints, que de reliques, que de piété,que de combats de vertu, que de couronnes, et depuis qu’undémon d’amour et de rébellion, poussé du plus noir desabysmes, s’empara de l’àme d’un misérable Roy, tu as souilleta sanctification, tu as détruit ton Sanctuaire, dont les pitoyablesreliques sont encore épandües par tout le monde, et les pierressacrées de ce temple, gémissantes parmy les nations étrangères,attendent le jour de la justice de Dieu et la réunion des Espritsau point de son service. Qu’as-tu fait du berceau de Constantinet de Sainte Hélène, qui sont nés chez toy, pour donner des loixà toute la Chrétienté? Qu’as-tu fait de tant de pierres précieusesqui composoient ce diadème d’honneur, dont les rayons don-noient avec admiration dans les yeux de tous les peuples dumonde? Retourne, ô Sunamite, retourne, ô belle Isle, retourneà ton principe! La main de Dieu n’est point raccourcie, et sesbras sont toujours tendus à ton obéissance. Si les mains inso-lentes de l’hérésie ont trouvé le moyen de lever des barrièresqui étoient affermies par l’espace de dix siècles, penses-tu quecelles de la vraye piété ne puissent arracher les désordres qui sesont glissez parmy la nuit d’un siècle corrompu? Ne t’imaginepoint des horreurs, des renversemens d’État, des ruines dutemporel, des dégâts, enfin, Rome avec ses inquisitions et sesfoudres. Le rayon du soleil fera fondre la manne que le feu n’apu consommer: le sang de cette Reyne immortelle cassera lediamant, et fera un jour des effets que nous ne pouvons croireet que la postérité ne sçaura jamais assez admirer.
C’est dans vos veines, ô auguste Monarque de la Grande-Bretagne, que coule encore ce beau sang; cette cruelle hache,qui fit tomber trois Couronnes avec une seule teste, n’a pasencore tout versé : il se conserve en votre corps et en celuy devotre postérité, animé des esprits de Marie et imprimé des imagesde sa bonté. C’est luy qui vous donne un esprit si tempéré, des