102
LES DESSOUS DE L’HISTOIRE
et de violence. Elle vous a fait entrer dans une lice toutecouverte de palmes et de lauriers, que vous avez arrosez devos larmes, cultivez par vos travaux, annoblis par vos combatset honorez de votre sang. Elle vous a fait monter sur unc'chaffaut, où vous avez joüé la première et la plus glorieusetrage'die qui fut jamais représentée dans le monde en votresexe et en votre condition. Les Anges, ô divine Princesse,contemploient sur les portes du Ciel avec admiration votrecombat, animoient votre constance, chantoient vos louanges etpre'paroient à l’envi vos couronnes.
Un cœur de femme contre cent le'opards, un cœur de diamantcontre mille marteaux, qui n’a jamais fle'chy par la violence, quine s’est point laissé gagner à l’éclat des honneurs, qui a trempédans le fiel les plus délicieux contentemens de la vie, poursuivre son Jésus, son navré, son crucifié!
Une Reyne, la plus catholique qui fut au monde, qui n’ho-noroit rien tant que les Eglises, les Prestres et les Autels, êtrequasy vingt ans sans Eglise, sans Prestres, sans Autels, pourfaire en Elle un temple de son corps, un autel de son cœur etun sacrifice de son sang : mais que dire dans une mort si aban-donnée, être T Autel, la Victime et le Prestre de soy-même ?Quel Martyr a sanctifié tant de prisons ? Quelle Vierge a vü lavingtième année de sa captivité? Qui jamais a expérimenté tantde morts en une seule mort? Qui l’a vue venir avec plus defroideur? Qui l’a caressée avec plus de joye? Qui l’a ménagéeavec plus de prudence, et qui, enfin, l’a consommée avec plusde gloire?
Votre beau nom, ô Marie, porté sur l’aile d’une triomphanterenommée, passe les terres et les mers, sert d’objet à la véné-ration des peuples et d’ornement au Ciel, où votre âme joüitavantageusement des douceurs de la béatitude.
Regardez, ô belle âme, vos Isles et vos Royaumes de ces yeuxéclairez de la face divine. Considérez ces flots de l’Océan, qui necessent de porter la mémoire de vos faits aux extrémitez de laterre. Pardonnez à vos sujets, et lavez enfin la tache de ce sanggénéreux, que vous avez mieux aymé être le messager de laréconciliation que le porteur de la vengeance.
O grande et illustre Bretagne, est-il possible que ce sang n’aitpoint encore opéré sur la dureté de ton cœur, et que tu teplaises toujours à combattre le Ciel à main armée, pour t’op-