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Tome I.
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LES DESSOUS DE l’hISÏOIRF.

l’accusé, qui peut estre le juge. Nul jugement ne peut subsistersans trois personnes : au faict qui se présente, je n’en trouveune seulle. Vostre procureur-général, Madame, est personnelégitime, fondé en pouvoir suffisant à luy donné par VostreMajesté pour requérir ce qui concerne vostre inte'rest contretous ceulx qui vous sont justiciables, mais je ne puis en façondu monde me persuader que Vostre Majesté, ordonnée de DieuPrincesse souveraine en ce beau et grand Royaulme d’Angle-terre, aye voullu réduire au rang des privées et desclarer vostrejusticiable la Royne d’Escosse et Royne douairière de France,belle-sœur du Roy, vostre bon frère, et vostre cousine germaine.Me remettant doncques devant les yeux les grandes et dignesquallitez de ceste Princesse, je diz, Madame, et le diz avecasseurance que mon dire ne vous sera désagréable, que VostreMajesté n’approuvera jamais ung jugement qui seroit plustostdonné au pre'iudice de la dignité des Roys, que contre la per-sonne de la Royne d’Escosse. Les Roys ne sont pas tousiourspareils en grandeur et puissance, mais, en ce qui est de ladignité royalle, les plus grands n’ont pas voullu jusques àprésent qu’on leur ayt attribué davantage qu’à ceulx qui leursont inférieurs en pouvoir, et se sont contentez d’uzer entre eulxdu nom et des loix de fraternité, sans présumer qu’ilz ayentpouvoir d’ordonner I’ung sur l’aultre, comme le pourroit fairele subiect d’un Roy, qui est personne privée, et aultant esloignéeet inférieure à la dignité royalle, que la terre est esloignée duciel. Il n’y a que Dieu qui puisse juger les Roys et nous deffendde toucher à son oinct. Le poëtte Callimachus a soustenu (?)et Jupiter dict que les aultres Dieux ont besoing, l’ung de lamusique, l’aultre de la chasse, de la guerre et aultres chosessemblables, mais que Jupiter a réservé à luy seul d’avoir esgardsur les Roys, pour ce qu’il n’y a rien de plus divin que les Roys,auxquels il a commis la garde des cittez et la conduite des peuples :« Regum timendorum in proprias greges, reges in ipsos, impe-» rium est Jovis » (i). Sy ceulx qui font profession de voulloirchanger et renverser les Royaulmes en confusion populaire,conseilloient qu’il faut profaner les dignitez des Roys, il seroitmoins insupportable de les escouter; mais qu’il puisse entrerdans l’oppinion de sages et vertueulx Conseillers, comme ceulx

(i) Horace, livre 3, ode 1.