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Tome I.
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PROPOSITIONS FAICTES A LA DICTE ROYNE, ETC.

12 I

de Vostre Majesté en ont acquis la réputation, de consentir àchose sy préjudiciable à la grandeur et dignité de leur Royne etMaistresse, il m’est impossible de le croire. Vos Conseillers,Madame, selon qu’ilz sont informez en leurs consciences, peuventavoir dict : « La Royne d’Escosse a commis tel acte », mais qu’ilzvous conseillent de faire exécuter les peynes de vos ordinairescontre la dicte Royne, c’est chose que je ne puys comprendre.Je n’ignore pas, Madame, ce qui se dict au contraire, quel’estranger entrant en ung Royaulme, s’il y commet quelquecrime, s’oblige aux loix du Royaulme. Considérant en moy-mesme la majesté que je vois empreinte et qui reluit sur ladoulceur de vostre face vrayement royalle, je me promets, Ma-dame, que vostre prudence ne permettra jamais que l’histoired’une vye pleine de tant d’exemples de vertu, de bonté et desagesse, comme est et sera recommandée à la postérité celle dela Royne Elizabeth d’Angleterre, soit louée d’ung sy estrangechangement et renoncement de la dignité royalle, que de sonlieu et en son Royaulme, là où Elle avoit pouvoir et comman-dement, il a esté résollu et trouvé bon qu’il n’y ayt poinct dedifférence entre les Roys et les particulliers, qu’ilz sont tenuzcomme les ungs avecq les aultres. C’est chose, Madame, que jesoustiens du tout insupportable à ouyr et monstrueuse à dire,et qui ne peut estre approuvée par une sy sage et sy royallePrincesse, telle qu’il a pieu à Dieu vous faire naistre.

Platon dict que la ceinture des hommes bas et commungs estde plomb et de fer, [et que] celle des Roys est d’or. Nous, quisommes nés subiects des Roys, ne poursuivons pas de leuroster ce dont les plus sages philosophes et villes libres, pourla pluspart ennemies des Roys, ont estimé de les debvoir hon-norer; et pour toute responce à ceulx qui soustiennent quel’estranger est subiect aux loix du Royaulme où il se trouveavoir failly, sans despartir aucunement à ceste mienne résol-lution que telles loix ne furent oncques escriptes pour les Princessouverains, je diray donc que [si] la Royne d’Escosse avoit eslevéson ambition en Angleterre, on luy pourroit opposer que Socratese voullut [soumettre] à l’observation des loix d’Athènes, d’aultantqu’auparavant que d’estre prévenu en justice, il luy avoit estéloysible de choisir et transporter ailleurs son domicile. Mais,Madame, vostre bonté me permettra, s’il luy plaist, que jesoustienne de vous dire qu’estant la Royne d’Escosse, vostre