»47
T.A MAN1KRK DF. I.’fXKCIîTIOX DF Î.A ROYXK, ETC.
» pardonne de tout mon cœur, car j’espère que maintenant vous» mettrez fin à tous mes tourmens ». Alors, la levant en haultavecq ses deux femmes, commencèrent à la deshabiller. Puis,laissant tomber son crucifix, ung des bourreaux osta de son colVAgnus Dei, laquelle mettant la main dessus, le donna à une deses femmes, et dict à l’ung des exe'cuteurs qu’Elle luy respondoitde l’argent qu’il valloit. Elle souffrit après que ses deux femmesluy ostèrent sa chaisne de pastilles, son chappellet et scs autresappareils très-volontiers, et, plustost avec joye que fascherie,s ayda à se deshabiller Elle-mesme, remettant une paire demanches qu’ilz luy avoient arrachées avecq trop de haste, pensantqu’Elle feust trop longtemps à s’en aller. Tout le temps qu’ilzfurent à la deshabiller, Elle ne changea jamais sa contenance,mais en soubzriant doulcement uza de ces parolles : « qu’Elle» n’avoit jamais eu de telz pages pour la deshabiller, et qu’Elle» n’avoit jamais osté ses habitz devant une telle compaignie ».Alors, estant deschargée de tous ses habillemens, excepté soncotillon et sa ceinture, ses deux damoiselles commencèrent depleurer et de se lamenter, se tournant vers elles et les em-brassant, leur dict en françois : « Ne criez poinct pour moy,
» j’ay prié pour vous ». Ainsy faisant le signe de la croix et lesbaisant toultes deux, Elle leur dict qu’elles avoient plus decause de se resjoüir que de pleurer, parce qu’elles verroientmaintenant la fin des tourmens de leur Maistresse. Puis, d’ungregard soubzriant, tournant sa face vers ses serviteurs comme àMelvyn et autres debout sur ung banc près de l’eschaffaut, leurlaisant le signe de la croix de sa main, leur donna le dernieradieu, et les pria de prier pour Elle en ceste dernière heure.Gela faict, Elle s’en alla toulte seule au billot et s’agenouilla.L’une de ses femmes ayant ung linceul, le plia en trois coings,et le baisant le mist sur la face de la Royne d’Escosse, etl’attacha à la coëftè de sa teste. Alors, les deux damoiselles sedépartirent. Ainsy donc s’agenouillant fort résolument sur lecarreau, sans aucune marque de la crainte de la mort, Elleprononça haultement quelques parolles du pseaulme en latin :« In te, Domine, confido, non confunden in ceternum ». Puis, tastonnantle billot avecq ses deux mains dessoulz sa teste, Elle mist sonmenton avecq ses deux mains, lesquelles eussent esté couppe'es,sy on n’y eust pourveu. Ainsy donc gisante, et estendant soncorps, Elle s’escria : « In manus tuas, Domine, comendo spirihim