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Tome I.
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148 LES DESSOUS DE L’HISTOIRE

» meum » par troys ou quatre fois. Alors, ung des exe'cuteurs,s’agenouillant, la tint par le milieu du corps, et l’autre donnaun coup, laissant le col, couppa l’oz du derrière de la teste,mais Elle ne remua poinct, et au second coup il luy couppa lateste, excepte' seullement ung nerf qui, estant couppe', soudai-nement il esleva sa teste à la veue de tous les assistans, disant :« Dieu sauve la Royne ! » et le ministre respondit : « Ainsy» pe'rissent tous ses ennemiz ! »

Sa teste estoit aussy grise qu’une de soixante-dix ans. Sa faceestoit tellement change'e immédiatement de la forme qu’elle avoitquand elle vivoit, que peu de personnes la pouvoient recon-gnoistre par sa face morte. Elle de'bastit, après que sa teste futcouppe'e, l’espace d’un quart d’heure. Et après que son corpsgisant là cessa de saigner, Monsieur de Kent, estant auprès,dict à haulte voix : « Telle soit la tin et la re'compense de» tous ceux qui haïssent l’Évangile et le gouvernement de Sa« Majesté'! » En après, ung des exe'cuteurs ostant son billot, sonpetit chien fut trouvé soulz ses habitz, qui ne put estre ramenédehors que par force. Il revinst aussytost après, se coucha entresa teste et ses espaules, et estant tout teinct de son sang, futemmené et lavé, comme toutes les autres choses, qui estoientteinctes de son sang, furent, ou brustées, ou lavées. En après,les exécuteurs s’en allèrent avecq de l’argent pour leur peyne^n’emportant rien de ce qui luy appartenoit, non pas mesme deses habillemens. Et puis après, le corps mort et la teste furentemportez par le prévost et par ses gens en la grande chambre,et donnez aux chirurgiens pour les embaulmer.

Immédiatement après l’exécution de la Royne d’Escosse, leDoyen de Peterburghe vint à Londres, et prescha devant laRovne, prenant pour son texte : « L’ange du Seigneur apparut» en songe à Joseph en Égypte », disant : « Lève-toy, et prens» l’enfant et sa mère, et retourne en la terre d’Israël, car ceux» qui cherchoient la vie de l’enfant son mortz ».