LES DESSOUS DE l’hISTOIRE
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maistresse, qu’il eût fasche’e en parlant de ce changement. Elleestoit aussy marie'e de son coste', sy bien qu’ils ne se parloientque d’amour sans nopces.
Cependant, Madame, sœur du Roy, vouloit se marier avec lecomte de Soissons (1), beau et jeune Prince, et à qui le Royl’avoit fait cy-devant espe'rer; mais ayant changé d’opinion, ilmanda à la Princesse de le venir trouver et alla au-devant d’ellepar-delà la rivière de Loire, ayant résolu de la donner au duc deMontpensier, autre jeune Prince, mais à la vérité moins aymableque le comte de Soissons. Aussy, dès que Madame le vit, il luvfut sy désagréable, qu’elle dit tout haut qu’elle n’en vouloit point.Le Duc, pourtant, voyant le Roy de son costé, ne laissoit pas deluy rendre tous les offices imaginables et continua sa poursuite.De l’autre costé, le comte de Soissons, offensé de cette rechercheoù le Roy avoit embarqué son rival, se retira dans sa maison.Cependant, Madame arriva à Dieppe, où elle trouva MadameGabrielle (car ce fut ainsy qu’on bappela depuis son mariage).Elle luy sembla digne de l’amour du Roy, son frère, pour sonextrême beauté, ce qui luy donnoit cependant une envie contreelle sy forte, que sy elle luy faisoit bonne mine, elle estoit sycontrainte, que cela estoit fort aisé à voir.
Madame Gabrielle, de sa part, ne pouvoit souffrir la grandeurde cette Princesse, à qui il falloir qu’elle déférât en tout, etreprochoit souvent au Roy son arrivée. Mais il n’y avoit d’autreremède que de s’esloigner souvent, ses affaires l’appelant enplusieurs lieux où il menoit toujours sa maistresse, qui com-mençoit à se mesler d’affaires à bon escient. Cela luy fut facilitépar Madame de Sourdis, sa tante, dont le chancelier de Chi-verny (2) devint furieusement amoureux, tant l’exemple duMaistre a de pouvoir.
Cet homme, dans une charge sy sérieuse et sy éminente, necachoit point sa passion, et le Roy, qui eût voulu que tout lemonde eût esté aussy amoureux que luy, estoit bien aise qu’untel personnage se trouvât embarrassé du mesme mal que le sien.
En ce temps-là mourut fort tragiquement Madame d’Estrées;aussy elle avoit mené une vie assez terrible, il estoit juste qu’elleen souffrît quelque punition. Madame Gabrielle continuoit tou-
(1) Charles de Bourbon, comte de Soissons.
( 2) Philippe Hurault, comte de Chiverny, chancelier de France.