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Tome I.
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HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUATRIESME

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lieu où elle ne verroit son mary que quand il luv plairoit, ayantpersuadé à ce Prince qu’elle ne pouvoit consentir à luy faire uneinfidélité mesme en cette sorte; mais le jour s’estant passé, sansque le Roy pût abandonner une entreprise très-importante qu’ilavoit faite, elle jura cent fois de s’en venger, et toutefois elle nevoulut jamais se coucher, sy bien que son mary, pensant estreplus authorisé chez luy que dans la ville où il avoit esté marié,et dont le seigneur d’Estrées estoit gouverneur, il l’emmena.Mais elle se fit sy bien et sy continuellement accompagner desDames ses parentes, qui s’estoient trouvées à ses nopces, qu’iln’osa vouloir que ce qui luy plut; et là-dessus le Roy estantarrivé à la plus prochaine ville, il manda le mary, qui amenasa femme, pensant en tirer au moins quelque avantage à la Cour.

Le Roy, partant de là, l’emmena avec luy, et afin qu’elle nefût pas seule, il la fit accompagner de sa sœur Mademoiselle deBalagny et d’une Dame sa cousine, et s’en alla de ce pas at-taquer la ville de Chartres. Le siège fut assez long, sy bienqu’une des tantes de Mademoiselle d’Estrées la vint trouver.Cette femme, fine et avisée s’il en fut jamais, luy donna de sybons préceptes, que le Roy fut tout soumis aux volontez de saniepce, et le marquis de Sourdis (1) (c’estoit le nom du mary decette tante) eut par cette faveur le gouvernement de cette placesitost que le Roy l’eut prise. Avant que le Roy fût amoureuxd’elle, il poursuivoit de faire trouver bon à la Reyne Margueritede se démarier d’avec luy. C’estoit une très-grande Princesse,fille et sœur de Roys, mais qui estoit un peu moins chaste queLucrèce. Aussy estoient-ils séparez il y avoit longtemps. L’ayantquitté sans autre forme, elle s’estoit fait conduire dans unchasteau extrêmement fort (le chasteau de Usson, en Auvergne),pour estre situé sur une montagne bien haute et dans un paystrès-aspre, où elle l’avoit fait fortifier le mieux qu’il avoit estépossible. La Reyne avoit témoigné vouloir consentir à cetteséparation sous certaines conditions, et ils en cstoient commed’accord. Mais cette nouvelle amour esloigna fort ce traité,d’autant que le Roy avoit peur qu’estant libre, ses plus affec-tionnez serviteurs le pressassent de se marier, ce qu’il n’eût faitpour rien au monde, ne voulant, nv ne pouvant aymer que sa

(1) François d’Escoubleau, marquis de Sourdis et d’Alluye, marié avec Isabelle Babou,cousine de la Belle Gabrielle.