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LES DESSOUS DE e’hISTOIRE
avoit sy impatiemment demande', et Madame Gabriellc, voyantqu’elle n’estoit pas descouverte, reprocha mille fois au Roy cettefaçon : « Je voys bien, luy dit-elle, que vous me voulez traiter» comme les autres que vous avez ayme'es, et que votre humeur» changeante veut chercher quelque sujet pour rompre avec mov,» qui vous pre'viendray, me retirant avec mon mary, que vous» m’avez fait laisser d’authorite'. Je confesse que depuis, l’extrême» passion que j’ay eue pour vous m’a fait oublier mon devoir et» mon honneur, que vous payez d’inconstance, sous ombre de» soupçon dont je ne vous ay jamais donné de sujet par la» pensée mesme ». Là-dessus les larmes ne manquèrent pas, cequi mit le Roy en tel désordre, qu’il luy demanda mille foispardon, en confessant qu’il avoit failli. Il fut longtemps depuissans témoigner aucune jalousie.
Cependant, la grande ville de Paris estoit toujours occupéepar les ennemis du Roy. Comme il y avoit grande quantité dePrinces et de Princesses, et force personnes de qualité, celafaisoit une Cour où il se passoit plusieurs choses. La duchessede Montpensier (i), qui estoit veufve d’un des Princes du sanget sœur du duc de Mayenne (2), chef de ce party, y tenoit lepremier rang, et n’oublioit rien de ce qu’elle pouvoit mettre enpratique pour avancer les affaires de son frère, et plus encorecelles de son neveu, fils de son frère aisné, jeune Prince de quil’on avoit fort bonne opinion. Cette femme aymoit un cavalierdu party du Roy, en réputation de très-galant homme et quil’estoit en effet, et il luy témoignoit tout l’amour qu’il luy estoitpossible, quoyqu’il ne l’aymât point, mais bien sa niepce, Made-moiselle de Guise (3), fille aussy de son frère aisné, belle, debonne grâce et une des plus aymables de ce temps-là. Cettejeune Princesse, à qui le Roy avoit donné quelque espérancequ’il la pourrait espouser lorsqu’il serait libre, et cela avantqu’il aymàt Madame Gabrielle, desdaignoit tout le reste, etGivry (4) (c’estoit le nom de ce cavalier) s’en apperçeut à la
(1) Henriette-Catherine de Joyeuse, duchesse de Montpensier, puis de Guise.
(2) Charles de Lorraine, duc de Mayenne.
(3) Louise-Marguerite de Lorraine, demoiselle de Guise, puis princesse de Conti.
(4) Anne d’Anglure, baron de Givry. Cet officier avait la réputation d’être égalementversé dans la guerre et les belles-lettres. C’était le brave de son temps et un des hommesde confiance du Roi, qui ne l’appelait que Curé. Il fit des merveilles à la bataille d’Ivry,et mourut dans une rencontre au siège de Montauban.