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Tome I.
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HISTOIRE DES AMOURS DE HENRY QUA.TRIESN 1 E 170

première veüe : car ayant favorise', autant qu’il avoit peu, toutce qu’il pensoit estre agre'able à Mademoiselle de Guise, jusquesà faire passer des vivres dans Paris, qui en estoit souvent enne'cessité, il reçeut d’elle un sy mauvais visage et un sy apparentmespris, que cela rabattit beaucoup de sa vanité naturelle. Tousles honnestes gens du party du duc de Mayenne avoient de lapassion pour cette Princesse, et elle se conservoit fort libreparmy tout cela. Sa mère, Madame de Guise, tenoit sa Maisonà part avec cette belle fille, et cet hostel pouvoit se dire la véri-table Cour de ce party, tant la beauté de la tille y attiroit demonde. Elle portoit une extrême envie à Madame Gabrielle, tantparce que véritablement celle-cv estoit plus belle qu’elle, queparce qu’elle croyoit qu’elle luy avoit osté le Roy, ce qui luvfaisoit chercher avec soin le moyen de s’en venger. Auparavant,le Roy avoit assiégé Paris, où il se faisoit tous les jours, de partet d’autre, des entreprises, les assiégez faisant plusieurs sorties,et estant bien souvent repoussez par les assiégeans. Mademoi-selle de Guise se trouvoit souvent sur le rempart, d’où Givryluy disoit ou luy faisoit toujours dire quelque chose qui se res-sentoit de la passion qu’il avoit pour elle, à quoy elle faisoitsemblant de ne rien entendre, voulant parroistre très-desdai-gneuse. Mesme en ce temps-là, le Roy, qui n’estoit pas tout àfait embarqué avec Mademoiselle d’Estrées, avoit envoyé de-mander son portraict, et il sembloit que ce mariage se pouvoittraiter, la paix se faisant sy bien, que cette Princesse, touteglorieuse de cette espérance, nresprisoit Givry et tous les autres.

Or, un jour que pour quelque occasion l’on avoit accordé unepetite trefve de six heures, la dame de Guise et sa fille, accom-pagnées de plusieurs Dames, vinrent sur le rempart. Aussitosttous les galans de l’armée royale furent au pied de la muraillepour parler à quelques-unes de leur connoissance, et quasy touspour voir Mademoiselle de Guise. Bellegarde s’y trouva aussy,qui arresta sa veüe de telle sorte sur la beauté de cette jeunePrincesse, qu’oubliant Mademoiselle d’Estrées et tous les sermensqu’il luy avoit faits de n’aymer jamais qu’elle, il se donna à cenouvel objet. Elle, qui faisoit profession de mespriser tout lemonde, sentit aussy, à la veüe de ce chevalier, qu’elle pouvoitaymer autre chose qu’un Roy, et dès cette heure-là, ces deuxpersonnes eurent de l’amour l’une pour l’autre : estrange effetdes fortes inclinations auxquelles on ne peut pas résister!