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LES DESSOUS DE L HISTOIRE
sy bien que cela esloigna la Reyne de la Marquise et de tout letrain qu’on luy avoit envoyé', à qui elle ne faisoit point bonnemine. Mademoiselle de Guise, très-adroite, sçeut sy bien profiterde cette occasion, prenant incontinent le party que vouloit laReyne, qu’elle gaigna ses bonnes grâces et eut plus de privautéavec elle que toutes les autres.
Le mesme jour qu’elle arriva à Paris, le Roy commanda à laduchesse de Nemours d’aller quérir la marquise de Verneuil etde la pre'senter à la Reyne. Cette vieille Princesse s’en voulutexcuser, disant que cela luy osteroit toute cre'ance auprès de saMaistresse, mais le Roy le voulut d’authorite' et le luy com-manda assez rudement, contre sa coutume, parce qu’il estoit fortcourtois. Elle la mena donc à la Reyne, qui, extrêmementsurprise de cette veüe, se trouva fort estonne'e et la reçeut assezfroidement. Mais la Marquise, fort hardie de son naturel, luyparla tant et lit sy fort la familière, qu’enfin elle s’en fit entre-tenir. Cependant, la vieille Duchesse eut peu de satisfaction duRoy de cette conduite, et un très-mauvais visage de la Reyne,qui luy dura toujours depuis.
Le'onora Galligaï, voyant que la Reyne ne pou voit faire que leRoy voulût qu’elle la servît en la charge de Dame d’atour, eutrecours à la Marquise et luy fit parler, luy promettant que sy ellefaisoit son affaire, elle la mettroit en tel pouvoir qu’elle voudraitauprès de la Reyne. Elle entreprit donc cette affaire et en vint àbout, sy bien que la Reyne commença à luy faire très-bonnemine. Le Roy, lasse' d’aller deux ou trois fois par jour chez laMarquise à la ville, quand il vit que la Reyne estoit radoucie, lafit venir loger dans le Louvre et y faire sa chambre. Au bout dequelques jours, cela ralluma la jalousie de la Reyne, qui d’ailleursestoit entretenue par plusieurs personnes des discours de lamarquise de Verneuil, qui, à la vérité', parloit assez librement étavec peu de respect d’elle, sy bien que la bonne intelligence quiestoit entre elles commençoit à se détruire. Elles estoient toutesdeux grosses, et le Roy bien empesché d’estre bien avec l’une etavec l’autre. Il portoit le respect à la Reyne, à quoy son rangl’obligeoit, mais il se plaisoit davantage en la compagnie de laMarquise. Chacun luy voulant plaire, on alloit visiter celle-cy,et la Reyne le trouvoit fort mauvais. Elles estoient logées sy prèsl’une de l’autre, que l’on ne s’en pouvoit cacher, et c’estoit unebrouillerie perpétuelle.