HISTOIRE IIES AMOURS DE HENRY QUATRIIiSME
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Cependant, Le'onora Galligaï se maintenoit avec la Marquise àforce de présens, estant bien asseure'e que sa Maistresse trouvoittout bon d’elle. Il estoit venu avec le train de la Reyne un gen-tilhomme florentin, qui faisoit l’amour à Le'onora : je ne dis pasqu’il en fût amoureux, estant tellement faite qu’elle ne pouvoitestre seulement regarde'e sans un extrême de'goût, mais la faveurqu’elle avoit tout entière auprès de la Reyne la faisoit de'sirer deplusieurs. Celuy-cv, nomme' Conchini, fut en cela plus heureux,pour ce qu’il luv plut davantage et qu’elle se le choisit pourmary, croyant que ce luy estoit un grand avantage, estant ne'equasy de la lie du peuple, d’espouser ce Conchini, qui estoit ve'ri-tablement gentilhomme; mais de parvenir à ces nopces, il yavoit ve'ritablement bien de la difficulté'. Le Roy n’aymoit pointConchini; tous ceux de la Maison de la Reyne le haÿssoient, etla Reyne ne vouloit point se hazarder d’en parler, de peur d’estrerefusée. Conchini donc et Le'onora, ayant consulte' ensemble cetteaffaire, ils re'solurent que Conchini feroit la cour à la marquisede Verneuil (car le Rov luy avoit donne' cette qualité dès sapremière grossesse), et cela luy re'ussit sv bien, qu’il pouvoitaller chez elle quand bon luy sembloit. Fdle luy faisoit bonnemine, et en effet elle n’estoit pas marrie d’obliger Le'onora, afind’empescher la Reyne d’esclater contre elle. Après qu’il eut prisassez d’accès auprès d’elle, il la supplia de faire trouver bon auRoy qu’il espousàt Le'onora. Elle y fit quelque difficulté aucommencement, connoissant l’aversion que le Roy avoit contreces deux personnes, mais enfin Le'onora l’en ayant priée etpromis que la Reyne' luy en parleroit, elle se résolut à faireréussir ce mariage. Alors, tous les jours la Reyne envoyoit en sachambre sçavoir de ses nouvelles, et elle luy faisoit part de tousles présens qu’elle recevoit. Elle la traitoit mieux que pas unedes Princesses, et tout cela alloit fort bien au gré du Roy, maisil falloit que la Reyne et la Marquise fussent accouchées avantque faire les nopces.
La Reyne accoucha la première de ce grand et heureux Princeque nous voyons, et la Marquise un mois après du prince Henry,qui est aujourd’huy Monsieur de Metz.
Après ces couches, il fut question de se resjouir l’hiver. LaReyne fit un ballet, qu’elle estudia deux ou trois mois. La Mar-quise en estoit, ce dont le Roy fut sy aise, qu’il accorda lemariage de Conchini et permit que la Reyne luy donnât beau-